samedi 18 novembre 2017

Thierry Simonelli : Lacan. La Théorie

Cerf - Novembre 2017 - Passages


Lacan a révolutionné la théorie et la pratique psychanalytiques par une approche dont le caractère expérimental n'a cessé de se heurter aux rigidifications de la pensée freudienne. Mais l'on sait aussi que Lacan lui-même n'a pas échappé, malgré ses mises en garde permanentes, à une telle momification de sa théorie. Aussi convient-il de soumettre cette pensée à une relecture systématique et critique qui permette d'en comprendre les articulations, d'en dégager les conséquences et d'en récuser, le cas échéant, les présupposés. Tout au long d'une relecture chronologique de la pensée de Lacan, l'auteur tente de circonscrire dans les textes mêmes le processus de dogmatisation de la théorie du signifiant, trop aisément attribuée à de mauvais disciples. Il montre comment la réflexion sur la pratique, qui caractérise la théorie psychanalytique, se métamorphose d'abord en une anthropologie apriorique pour finir comme conception du monde, doublée de positions éthiques et politiques problématiques. Critique du discours du maître, critique du discours de l'université, de la bureaucratie, de la philosophie, le discours de Lacan est lui-même un formidable instrument de pouvoir. Dans les coulisses de la non-maîtrise, du trou, de la castration et de la finitude, l'" au-moins-un " orchestre une maîtrise subtile et d'autant plus absolue que son lieu reste insaisissable.

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Maxime Chastaing : La compréhension d'autrui

Cerf - Novembre 2017


Maxime Chastaing s’étonne de l’embarras manifesté par les philosophes pour s’assurer de l’existence des autres : ne va-t-il pas de soi que nous coexistons depuis toujours avec nos semblables et que nous ne doutons pas de leur présence tant que nous ne spéculons pas ? Il s’agit dès lors de dénoncer avec énergie le faux problème philosophique de la connaissance d’autrui, tout en s’employant à rendre compte, grâce à la psychologie, des conditions de notre communauté d’existence.
Cette perspective proprement psycho-philosophique est déployée dès 1934, dans un travail inédit à ce jour, La compréhension d’autrui. Essai de psychologie descriptive.
Proche à cette époque de Gabriel Marcel et d’Emmanuel Mounier, après avoir été l’élève de Jean-Paul Sartre au lycée du Havre, Chastaing est un des premiers en France à discuter les thèses de la phénoménologie allemande, d’Edmund Husserl à Max Scheler. Il anticipe ce faisant sur la phénoménologie d’autrui que Sartre développera, non sans résoudre par avance des difficultés que ce dernier mettra du temps à apercevoir.


Maxime Chastaing (1913-1997) est une figure méconnue de la pensée française. Professeur de psychologie à l’université de Dijon à partir des années 1950, inspiré par Wittgenstein et la philosophie du langage ordinaire, lui-même inspirateur de la sociologie de Pierre Bourdieu, il est l’auteur d’une psycholinguistique, d’une doctrine des interactions sociales et d’une théorie de la littérature originales.


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Jean-Marc Rouvière : Au lieu d'être. Vers une métaphysique de l'ici

L'Harmattan - Novembre 2017


Chez les philosophes, le concept de temps prime assez largement sur celui d'espace. "Au lieu d'être" met en avant que l'espace a une influence décisive sur l'être même des choses. Nous distinguons alors « chose » et « objet ». Le second est fait des propriétés géométriques, physiques. . . contenues par la première. Mais en tant que présente au monde, toute « chose » est plus que l'« objet » qu'elle porte. Le verre (outil-pour-boire) en se déplaçant du placard vers la nappe bien qu'étant inchangé « objectivement » devient une autre « chose » (article-d'art-de-la-table). L'être de la « chose » est déterminé par son « ici », qui est tangence entre elle et un support (lui-même une « chose »). "Au lieu d'être" pose un (nouveau) principe métaphysique : « Autant d'ici autant de chose. »

Entretien avec l'auteur sur le site L'oeil de minerve

Jean-Marc Rouvière est l'auteur d'essais philosophiques ou théologiques dont récemment « L'Homme surpris, vers une phénoménologie de la morale » et « Adam ou l'innocence en personne, méditations sur l'homme sans péché ». Thibaud Zuppinger est docteur en philosophie, associé au centre de recherche CURAPP-ESS (CNRS) de l'université de Picardie Jules Verne. Il est fondateur et directeur de la revue électronique Implications Philosophiques. Il a publié en 2016 aux éditions Kimé « Agir en contexte, enquête sur les pratiques ordinaires de l'éthique ».

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vendredi 17 novembre 2017

Paul Valéry : Sur Nietzsche. Lettres et notes

La Coopérative - Novembre 2017


Comme tous les intellectuels de sa génération, Paul Valéry a découvert Nietzsche aux alentours de 1900, grâce aux traductions qui commençaient de paraître au Mercure de France. Pour répondre à la demande de plusieurs revues attendant de lui des articles sur les parutions récentes, Valéry lit à cette époque, crayon en main, les œuvres du philosophe allemand. Au cours de l’hiver 1908-1909, il prend une longue série de notes.
Ces notes inédites, qui ne se trouvent pas dans les célèbres Cahiers, forment le principal élément du dossier rassemblé par Michel Jarrety. Pour les compléter et les éclairer (Valéry ayant finalement renoncé à écrire les articles promis), cet ensemble est précédé d’une série de lettres (à André Gide, à Guy de Pourtalès, et à Henri Albert, premier traducteur de Nietzsche).
Confronté à une pensée forte qui, sur plusieurs points, rejoignait pourtant la sienne, Valéry exprime dans ces pages ses réticences, exerce sa faculté critique avec son acuité habituelle, et nous donne ici plus que jamais l’exemple de ce « lecteur exigeant » qu’il appelait de ses vœux pour sa propre œuvre.

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Pierre Dehez : Théorie des jeux

Economica - Septembre 2017


La théorie des jeux a pour objet la décision interactive. Elle est née dans les années 1940 avec le livre fondateur de John von Neumann et Oskar Morgenstern Theory of games and economic behavior. Cet ouvrage est une introduction, écrite de manière à être accessible à un large public, au-delà de l'économie. Il s'adresse aussi aux étudiants en science politique et en droit, et de manière plus générale, à l'ensemble des étudiants en sciences sociales. À cette fin, l'usage de l'outil mathématique y est volontairement limité et certains développements conceptuels difficiles ne sont pas couverts, comme l'information incomplète ou l'utilité non transférable. Le texte suit un chemin allant du non coopératif au coopératif. Une de ses originalités est de faire la part belle aux jeux coopératifs et à leurs applications normatives.

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Francois Dermange : L'éthique de Calvin

Labor et Fides - Novembre 2017


Calvin doit-il être vu comme le père de la démocratie ou de la théocratie, celui du capitalisme ou de la justice sociale, le défenseur de la grâce ou d’une théologie des œuvres ? Cet ouvrage a la volonté de faire le point en restituant l’éthique du Réformateur dans sa matrice théologique. On s’aperçoit alors que Calvin ne défend pas une éthique mais trois, selon qu’on la regarde du point de vue du Créateur, du Christ ou de l’Esprit saint. Se trouvent alors levées bien des apories apparentes et dégagé un rapport au sens de l’existence, à l’économie et au politique qui fait voir le Réformateur sous un jour nouveau.

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jeudi 16 novembre 2017

Léon Tolstoï : Le refus d'obéissance. Ecrits sur la révolution

L'Echappée - Novembre 2017 - Collection : Le Pas de côté


En 1905, alors que le régime tsariste se désagrège et que les soulèvements se multiplient en Russie, la voix de Léon Tolstoï s’élève au-dessus de la mêlée. Ce chrétien excommunié, constamment en butte à la censure, ne s’en prend pas seulement à l’autocratie ; il critique aussi les desseins des révolutionnaires, libéraux ou socialistes. Il accuse les meneurs urbains de tromper le peuple, de conduire les masses paysannes dans une impasse : celle de la modernisation du pays, de son industrialisation et de son occidentalisation rampante. Peu importe la forme du gouvernement, qu’il s’agisse d’une monarchie absolue ou d’une république sociale-démocrate : puisque celui-ci est fondé sur la violence et l’oppression, il doit être combattu en tant que tel. Dans la lignée de Thoreau et de La Boétie, Tolstoï appelle à l’insoumission.
Le pouvoir d’une minorité reposant sur la servitude volontaire de chacun, il s’agit de refuser d’obéir, de ne plus participer à un régime tyrannique quel qu’il soit. L’affranchissement des travailleurs ne pourra venir que d’eux-mêmes, quand ils décideront de ne plus servir les puissants, quand ils opteront pour le perfectionnement moral, l’entraide et la vie des champs, enracinés sur un sol soustrait à la propriété foncière. La terre et la liberté, l’autodétermination des paysans dans les communes rurales : tel est l’horizon que défend l’anarchiste russe.

Léon Tolstoï (1828-1910), reconnu comme un géant de la littérature, auteur de Guerre et paix et Anna Karénine, a passé les trente dernières années de sa vie à diffuser des écrits politiques et philosophiques constamment censurés par le pouvoir tsariste.

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Jean Quillien : L'image de Humboldt dans la postérité

Eyrolles - Novembre 2017 - Collection : Opuscules


Wilhelm von Humboldt a hautement retenu l’attention de grands noms de la philosophie, tels que Cassirer et Heidegger, comme de la linguistique, tels que Chomsky et Whorf, offrant ainsi un contraste saisissant avec la méconnaissance dont, de manière assez générale, il a été l’objet. La mise au clair de cette curieuse situation conduit à projeter de lui une image aux multiples facettes, entendue ici comme une voie d’accès royale à l’ensemble de son ½uvre tout entière consacrée à l'élucidation de la question : qu'est-ce que l'homme ?

Jean Quillien. Professeur émérite de philosophie à l'Université Charles de Gaulle-Lille 3. Ancien Vice-président de l'Université chargé de la recherche et des publications. Ancien directeur du Centre de recherches Eric Weil et de l'Association "Les Amis d'Eric Weil".

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Helmuth Plessner : Les degrés de l'organique et l'Homme. Introduction à l'anthropologie philosophique

Gallimard - Novembre 2017 - Collection : Bibliothèque de philosophie


Helmuth Plessner (1892-1985) est l'un des fondateurs d'un courant de la pensée allemande encore peu connu en France, l'anthropologie philosophique. Ce mouvement, né dans les années 1920 et illustré par des auteurs comme Max Scheler ou Arnold Gehlen, se propose d'établir le propre de l'homme en le fondant sur une philosophie de la vie. Les Degrés de l'organique et l'Homme, paru en 1928, est l'une de ses expressions majeures. L'ouvrage s'efforce d'identifier la caractéristique essentielle d'un organisme et de rendre intelligible les niveaux d'organisation qu'il est susceptible d'atteindre. Le concept de "positionnalité" permet de mettre en lumière les trois degrés d'activité par rapport au milieu qui correspondent à la plante, à l'animal et à l'homme. Dans cette perspective, le propre de l'homme apparaît tenir à son "excentricité", c'est-à-dire à la façon de faire advenir l'existence d'un "je" capable de tout objectiver sans être lui-même objectivable.

Pierre Osmo : Traduction

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mercredi 15 novembre 2017

Thomas d' Aquin : Commentaire du Traité de l'Interprétation d'Aristote

Les Belles Lettres - Novembre 2017 - Collection : Sagesses médiévales


Le Peryermeneias ou De l'interprétation est le deuxième traité de l’Organon d’Aristote. Ce texte a presque vingt-quatre siècles et le commentaire qu’en fit Thomas d’Aquin à Paris date de 1270. Mais comme Œuvres philosophiques ces deux ouvrages dépassent les limites de leurs époques respectives et atteignent l’universel.Fondateur de la logique, Aristote expose dans son traité la nature et les propriétés de l’énonciation, seul discours apte à dire la vérité. Mais le texte qui nous est parvenu est difficile. C’est pourquoi saint Thomas analyse précisément la lettre du philosophe grec selon une méthode nouvelle pour son époque. Il fait ensuite le point sur certains des commentaires antérieurs au sien, en les dégageant parfois de leurs influences néoplatoniciennes ou arabes par une critique interne à la pensée du Stagirite. Il développe enfin de façon originale nombre de thèmes fondamentaux: vérité de la pensée et de la parole, rôle des mots par rapport aux idées et aux choses, règles logiques pour lever les ambiguïtés du langage, déterminisme et liberté de l’homme face au futur… etc. La pensée contemporaine, riche des apports de disciplines variées, présente souvent sur tous ces thèmes des vues éclatées en savoirs hétérogènes: grammaire, linguistique, psychologie cognitive, logique formelle, épistémologie… L’originalité de la méthode philosophique et donc du Commentaire du Peryermeneias est de nourrir une réflexion qui permet d’accéder au réel dans son unité et donc de jeter une lumière de sagesse sur les interrogations de tous nos savoirs spécialisés.

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François-Xavier Putallaz : Le Mal

Cerf - Novembre 2017


Comment parler du mal ? Comment dire l’innommable ?
Le mal bouleverse nos vies. C’est un fait. Tristesse, douleur ou souffrance font irruption dans chaque existence, avant même qu’on y pense. Mais ses formes les plus variées ont un point commun : le mal n’est pas quelque chose. Il se présente comme une fracture au sein de ce qui est : un parasite n’existant que par le bien qu’il ronge.
Le bien jouit donc d’une primauté absolue, qui nourrit l’espérance : il sera toujours plus fort. L’expérience du malheur témoigne en creux que nous sommes faits pour être heureux.
L’intelligence qui cherche à s’approcher de la question s’efforce ainsi de distinguer, sans les séparer, le mal lui-même et sa résonance subjective. L’entreprise est redoutable, car en ayant le sentiment de faire le bien, l’homme provoque parfois des horreurs, où le mal s’immisce sous couvert de l’amour.

François-Xavier Putallaz enseigne la philosophie à l’université de Fribourg. Il est membre de la Commission nationale d’éthique et du Comité international de bioéthique de l’UNESCO.

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Aurélie Mure : La question de la mort dans la philosophie de Schopenhauer

Dharma - Novembre 2017


De toutes les formes de vie sur Terre c'est sans conteste la vie humaine qui est la plus douloureuse, la plus misérable. L'homme paie au prix fort son privilège de la conscience. Toute grandeur a ses dépendances, toute exception ses misères. De cette analyse de l'impossibilité de la satisfaction il ressort qu'à la limite tout contentement serait interdit à l'homme comme si les aliments, une fois en bouche, perdaient leurs saveurs, devenaient insipides. Ce jeu sempiternel entre souffrance et ennui, sans réelle alternative pour celui qui éprouve seulement la règle des apparences, en vaut-il la chandelle ?
Avec son analyse SCHOPENHAUER retrouve l'enseignement du Bouddha, dans son " Sermon de Bénarès " :
1. Toute vie est souffrance.
2. L'origine de la vie et de la souffrance est le désir.
3. L'abolition du désir entraîne l'abolition de la souffrance.
Dès lors, de deux choses l'une : soit nous continuons instant après instant à nourrir les supplices rémanents issus du désir soit nous choisissons de tirer notre révérence au monde ordinaire. Devrions nous comprendre trop rapidement que Schopenhauer nous encourage à ne plus vivre, à nous suicider puisque la vie n'est que souffrance et la mort insignifiante ? Ou bien ne s'agirait-il pas d'une invitation à trouver le trésor caché par cette existence ?
C'est à partir de la question de la mort (ce qu'elle est, ce qu'elle représente à nos yeux) que nous découvrirons que Schopenhauer tente de formuler une sotériologie, un art de vivre proposant un salut (inspiré, pour la première fois dans l'histoire de la philosophie, de la religion bouddhique), une eschatologie susceptible de faire le pendant à ce que la raison permet de constater : la nature désespérément tragique du réel immédiat. Schopenhauer est un pessimiste de conviction et de raison, c'est pourquoi il est un optimisme d'aspiration et de volonté, si l'on peut utiliser un mot tout autant explosif que maudit sous sa plume.

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