lundi 22 mai 2017

Xavier Renou (dir.) : D’abord penser. Autour de Pierre Raymond

Kimé - Mai 2017



Outre deux textes importants de Pierre Raymond lui-même (sur Althusser et sur Spinoza) qui sont republiés ici, il y a, dans cet ouvrage collectif qui lui est dédié, comme l’amorce joyeuse d’une encyclopédie raisonnée et critique. Et c’est en cela qu’il lui fait hommage, à lui, philosophe d’esprit critique et encyclopédique à la fois.
Qu’ils ou elles aient été, en effet, ses collègues ou ses élèves, tous les auteurs de ce recueil étaient ses ami(e)s. Et, accompagnant les images chaleureuses de sa personne ou de son enseignement, leur témoignage d’amitié prend ici la forme de contributions expertes et passionnées à l’avancée de leurs disciplines respectives : mathématiques, physique, économie, psychanalyse, musique, politique, sans oublier, cela va de soi, la philosophie elle-même. Honneur, donc, à Pierre Raymond que d’avoir eu de tel(le)s ami(e)s.
Ici se rejoignent, en même temps que des générations différentes, des « noms connus » et des auteurs moins connus. Mais, hommage suprême, dans cette féconde diversité apparaît l’unité d’un esprit commun fait d’exigence théorique maximale et d’ouverture aussi bien sociale et politique qu’intellectuelle.
Esprits libres, ils et elles sont heureux de se retrouver pour fêter l’un des leurs, philosophe, et assez grand philosophe pour avoir choisi, loin des illusions du philosophe-roi (ou conseiller des rois), tout comme de l’emphase des philosophes-prophètes, la place de philosophe-citoyen, professeur au service de la diffusion populaire de la philosophie.
Car pour lui comme pour ses ami(e)s il ne s’agit, au fond, que de parvenir, avec le plus grand nombre, à être dignes du « premier devoir » pointé par Pascal : penser.

Jean-Jacques ALRIVIE, Françoise BALIBAR, Michel BENHAÏEM, Jean DUGUÉ, Pierre GUENANCIA, Christian HOUZEL, Bruno HUISMAN, Adam KAPELLA, Robert LÉVY, Didier NORDON, Franck NOULIN, Michel PLON, Jean-Louis POIRIER, Yvon QUINIOU, Hélène RAYMOND & Fabrice TRICOU, Xavier-F. RENOU, Gilles RIBAULT, Élisabeth ROUDINESCO, Antoine ROULLÉ, Anne-Françoise SCHMID, J.-J. SZCZECINIARZ, André TOSEL, Pierre TOUSSENEL, Mathieu TRICLOT

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Shmuel Trigano : Qu'y a-t-il à racheter ? Culpabilité et salut

In Press - Avril 2017


Il y a dans la vie du judaïsme des rites dont la signification mêle des dimensions à la fois claires et occultes. Ceux-ci sont censés produire par leur mise en actes même des effets bénéfiques sur le plan existentiel, tant physique que moral. Plusieurs d'entre eux émargent à la notion de "rachat". C'est là une traduction problématique de la "réparation" (kapparah) d'une faute ou d'une transgression, voire d'une condition (celle d'aîné mâle dans le cas du "rachat du premier-né", pidyon haBen) ; ou d'un état, le sexe masculin, pour la brith-milah. Pour approfondir le sens de ces notions, il faut évidemment questionner leur sens mais aussi, en amont, la nature de l'acte ou de la condition que ces rites sont censés amender. C'est une des questions les plus profondes de l'expérience religieuse qui est ici concernée, et à la compréhension de laquelle philosophes, psychanalystes, anthropologues tenteront de contribuer.

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Konstantinos Spiliotis : Théories du code. Debord, Baudrillard, Deleuze, Guattari

Éditions universitaires européennes - Avril 2017


Une des particularités des sociétés capitalistes contemporaines consiste en ce que les codes ne servent pas à faciliter la communication interindividuelle, ni non plus à organiser le fonctionnement de la société. Les codes ne répercutent pas la structure sociale, ne constituent pas l'aspect visible des relations sociales. Au contraire, ils dissimulent le Réel. Ils cachent la réalité des rapports sociaux, des usages des objets, des désirs des individus et des groupes sociaux. Le capitalisme fonctionne avec ses propres codes. Il codifie tout aspect de la réalité, et en même temps il procède à une destruction généralisée des codes de la réalité. Les trois textes unis dans ce livre reposent sur une problématique concernant d'abord la façon dont le capitalisme utilise les codes hérités par les sociétés traditionnelles ainsi que les codes créés par lui-même, et, ensuite, les limites de la codification du Réel qui sont essentiellement les limites du capitalisme lui-même.

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dimanche 21 mai 2017

Tadeusz Kotarbinski : Écrits sur l'éthique (1935-1987)

Hermann - Avril 2017


Les écrits éthiques de Tadeusz Kotarbiński, publiés jusqu'ici uniquement sous forme d'articles qui n'ont jamais donné lieu à un livre sur l’éthique comparable à ses autres travaux, sont beaucoup moins connus que ses systèmes de logique et de praxéologique. Leur auteur, pourtant, considérait les questions éthiques comme primordiales, et jamais il ne cessa de s'en préoccuper, dès le début de sa production philosophique (à commencer par sa thèse de doctorat sur l’utilitarisme dans l’éthique de Mill et Spencer). Et s'il ne donna aucune précision sur la manière de mettre en œuvre son système d'éthique dans les situations concrètes – considérant en effet que chacun était en mesure de prendre des décisions morales, notamment en cas de conflit de valeurs, sans être guidé dans sa démarche –, Kotarbiński insista en revanche sur le fait que toute éthique devait avant tout être indépendante de la religion et de tout système philosophique. Ce livre, qui réunit les travaux d'éthique les plus importants du philosophe, introduit ainsi à sa pensée et témoigne de son rôle majeur dans l'histoire et l'évolution des idées du XXe siècle.

Tadeusz Kotarbiński (1886-1981), logicien et philosophe polonais, est une figure emblématique de la vie intellectuelle polonaise du XXe siècle. Kotarbiński fut aussi président de l'université de Lodz, de l'Académie des sciences polonaises et de la Société polonaise de philosophie.

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Martin Heidegger : Vers une définition de la philosophie

Le seuil - Mai 2017 - L'Ordre philosophique


Qu'est-ce que philosopher en temps de crise ? Suffit-il de recourir aux " valeurs " pour échapper à la détresse du présent ? Quels sont les liens entre la pensée, la science et la vie ?

Ces questions sont au cœur des deux premiers cours de Martin Heidegger prononcés à l'université de Fribourg en 1919, au lendemain de la défaite allemande. Ces leçons marquent la toute première expression publique d'une pensée qui cherche les mots pour se dire et une méthode pour accéder à son domaine. Le jeune Heidegger débat avec ses contemporains, surtout les philosophes néokantiens, de la notion de " culture " qui a perdu de son évidence après quatre années de déferlement de violence. De là l'ébauche d'une réflexion sur l'essence de l'Université qui trouvera son achèvement catastrophique dans le Discours du rectorat de 1933. Derrière la critique du concept de la culture et des " valeurs " pointe pourtant déjà le souci de rapporter la philosophie au vécu dans sa dimension quotidienne, le plus souvent occultée par la théorie de la connaissance. Au-delà du contexte historique, ces cours annoncent sur un mode clair et pédagogique les gestes théoriques qui seront déployés dans Être et Temps (1927) : déconstruction de la tradition philosophique, interrogation sur le sens de l'historicité, analyse de la vie facticielle (qui ne se nomme pas encore " existence "), souci de retour aux " choses mêmes " par-delà les objectivations de la science, lien essentiel entre le sujet et le monde. À ce titre, ces cours constituent un document exceptionnel pour approcher une œuvre aussi essentielle que controversée.

La pensée de Martin Heidegger (1889-1976), dont l'œuvre publiée traverse le xxe siècle, a profondément marqué la philosophie des dernières décennies tout en étant régulièrement l'objet de vifs débats en raison de l'engagement, un temps, du philosophe en faveur du parti national-socialiste.

Traduit de l'allemand par Sophie-Jan Arrien et Sylvain Camilleri.

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samedi 20 mai 2017

Josep E. Rubio : Raymond Lulle, le langage de la raison. Une introduction à la genèse de l'Ars

Vrin - Avril 2017 - Collection : Conférences Pierre Abélard


Le philosophe et théologien Raymond Lulle (1232-1316) est connu surtout comme l’auteur d’une Ars de trouver la vérité qu’il présente comme alternative aux méthodes développées dans le milieu universitaire.
Pour comprendre cette Ars, il faut tenir compte de son but : convaincre les infidèles de la vérité de la foi catholique à l’aide de la raison. Cela n’est possible qu’en la concevant comme un langage commun, universel, qui surmonte les déficiences propres à la nature sensible du signe et qui offre à l’entendement de vrais signifiés intellectuels. Le lecteur trouvera dans ce livre une explication de la genèse et du fonctionnement de la méthode lullienne, envisagée comme une réponse aux enjeux expressifs et communicatifs impliqués dans le souci missionnaire de son auteur. On perçoit ainsi que l’Ars de Lulle incorpore des solutions, et même des références concrètes, empruntées aux réflexions théoriques contemporaines à propos du langage, mais orientées vers une pratique communicative au service de la mission.

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Collectif : Kant et les penseurs de langue anglaise. Mélanges en l'honneur de Jean Ferrari

Vrin - Mai 2017


Le dialogue de Kant avec les penseurs de langue anglaise joue un rôle important dans la genèse de sa propre philosophie, et ce, dans des domaines très divers de sa pensée tant pratique que théorique. Or, si ses interprétations de Locke ou de Hume ou encore l'influence précoce qu'exercèrent sur sa physique, sa cosmologie et, plus largement, sur sa philosophie naturelle les Principia mathematica de Newton sont bien connues, sa connaissance et sa fréquentation d'autres auteurs anglo-saxons ou écossais, tels que Smith, Burke ou Hutcheson, sont moins étudiées. De même et symétriquement, la réception du kantisme dans l'ère anglo-saxonne, notamment chez Coleridge, Sidgwick, Moore ou Madison, est encore rarement mise en lumière. Aussi le présent volume tente-t-il d'éclairer quelques-uns des pans décisifs de ce dialogue de Kant avec les penseurs anglo-saxons, soulignant à la fois leur apport, direct ou indirect, à la constitution du philosopher critique et l'influence que celui-ci exerça et continue d'exercer sur les anglo-saxons.

Direction : Sophie Grotte, Mai Lequan, Lukas Sosoe

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Jean Louis Schefer : L'Image et l'Occident. Sur la notion d'image en Europe latine

P.O.L. - Avril 2017 - Essais


Il y a bien eu, dans le refus d'un culte des images en Europe latine, la construction d'un dogme des images portant prescription de leur usage conforme à leur pouvoir d'évocation du passé (un art de mémoire), aux manipulations de figures dans la machinerie des rêves. La théologie et les philosophies en ont fait l'instrument approché de toute connaissance conçue comme la lecture d'un tableau, possible parce que nous en participons par notre nature. Que signifient les formules de la création : l'homme a été fait comme une image ― l'homme a été créé selon le mode des images ― Dieu a créé l'homme à son image, ou encore, il l'a fabriqué par une image ?

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vendredi 19 mai 2017

Fredric Jameson : Représenter Le Capital

Editions Amsterdam - Avril 2017


Comment représenter le capitalisme en tant que système ? Telle est la question à laquelle Marx apporte une réponse entièrement neuve, consistant à penser le capital comme une série d'"énigmes". A commencer par celle qui préside à sa naissance : comment l'argent peut-il engendrer de l'argent, se valoriser lui-même ? Le capitalisme n'est rien sans ce mouvement permanent, qui explique à la fois ses crises et sa résilience, puisqu'il résout ses contradictions en les projetant à un niveau spatiotemporel supérieur. Fredric Jameson propose ici une relecture du Capital pour notre époque marquée par une cascade de crises financières. La dernière en date n'a pas seulement suscité un regain d'intérêt pour le chef-d'oeuvre de Marx comme chaque mutation majeure du système capitaliste, elle l'a aussi transformé, en mettant l'accent sur le crédit, d'une part, et, d'autre part, sur l'impérialisme ou l'accumulation initiale. Cette conjoncture précise appelait une interprétation nouvelle. Au cours de sa reconstruction des paradoxes du capitalisme, Jameson avance une thèse apparemment scandaleuse : bien que l'intelligence politique de Marx soit incontestable, Le Capital n'est pas un livre politique. C'est un ouvrage purement économique, qui démontre pourquoi le capitalisme produit nécessairement du chômage et de la misère. Paradoxalement, c'est aussi cela qui fait sa force : il nous invite à comprendre la nature du capital et à imaginer ce que pourrait être la vie dans un autre mode de production.

Fredric Jameson, professeur de littérature comparée à Duke University, est l'un des principaux théoriciens marxistes contemporains, et l'auteur d'ouvrages déjà classiques L'Inconscient politique et Le Postmodernisme. En 2008, il a reçu le prix Holberg pour l'ensemble de son oeuvre.

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Héraclite : Fragments recomposés présentés dans un ordre rationnel (par Marcel Conche)

PUF - Mai 2017


Cette nouvelle édition commentée des Fragments d'Héraclite est le fruit d'un travail totalement inédit. Alors que les éditions de référence (Hermann Diels en 1922 et Walter Kranz en 1934), comme celle de Jean Bollack et Heinz Wismann, se limitaient à les présenter selon un ordre alphabétique arbitraire, Marcel Conche procède ici à un mouvement d'ensemble du concret vers l'abstrait. Après des règles de méthodes viennent ainsi des lois universelles, puis les réalités elles-mêmes : le monde, les âmes, la cité... Le schéma eût sans doute fait sourire Héraclite (ce qui n'eût pas été marque de désaveu), mais il rappelle qu'un fragment ne doit pas être interprété seul, et que les Fragments sont avant tout le reflet d'un système achevé en constante redéfinition.

Marcel Conche est professeur émérite à l'université Paris-1-Panthéon-Sorbonne et membre de l'académie d'Athènes.

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Roger Pouivet : L'art et le désir de Dieu. Une enquête philosophique

PU Rennes - Mai 2017 - Collection : Aesthetica


Il est devenu inhabituel dans la philosophie moderne et contemporaine plus encore de faire appel à Dieu, à la nature humaine créée, à l'âme, à la finalité de toutes choses, et à celle de l'homme en particulier. C'est pourtant ce que tente ce livre : une métaphysique de l'art et de la vie esthétique dans une tradition réaliste et religieuse. Parmi les choses qui existent fondamentalement se trouvent les oeuvres d'art, même si leur existence dépend de nous, être humains. Il y a de l'art parce qu'il y a des êtres tels que nous sommes, des animaux rationnels. Les êtres humains peuvent, en étant intellectuellement et moralement vertueux, réaliser excellemment leur nature, c'est-à-dire leur rationalité. L'art et la vie esthétique sont des produits de cette nature rationnelle. Les oeuvres d'art sont des substances artefactuelles qui fonctionnent esthétiquement. L'art n'est donc pas réductible aux pratiques artistiques ; la vie esthétique ne se confond pas avec une sorte d'expérience. Art et vie esthétiques sont un aspect de la réalisation par l'homme de la rationalité. Et par son âme rationnelle, l'homme participe, autant qu'il est possible, à l'esprit le plus élevé, celui de Dieu, duquel dépendent toutes choses. L'art et la vie esthétique sont ainsi des formes du désir naturel de Dieu – c'est la thèse que ce livre entend défendre.

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mercredi 17 mai 2017

Camille Riquier : Philosophie de Péguy

PUF - Mai 2017


L'ambition de ce livre est de fournir à la philosophie de Péguy l'« appareil » capable de manifester le plus fidèlement possible le « profond ordre intérieur » qui tient ensemble la multitude de textes qui a jailli génialement de sa plume. Loin de pointer les contradiction d'un homme, il s'agit alors de suivre la continuité et la cohérence d'un chemin, par-delà toutes les ruptures apparentes, qui se déroule selon un drame chrétien : L'état d'innocence, d'abord, la pureté de son combat socialiste et une jeunesse saisie par l'événement de l'Affaire Dreyfus et tenue par la venue imminente de la cité harmonieuse ; la chute, ensuite, avec l'histoire de la décomposition du dreyfusisme et l'enfer du monde moderne ; le salut, enfin, avec le retour de la foi catholique et les nouvelles ressources que lui prodigue la vertu d'espérance.

Camille Riquier est maître de conférences en philosophie à l'Institut catholique de Paris. Lauréat de l'Académie Française pour son ouvrage Archéologie de Bergson (Puf, 2009, Prix La Bruyère 2010) et corédacteur avec Arnaud François des Annales bergsoniennes, il a par ailleurs dirigé ou codirigé plusieurs collectifs sur Péguy : Charles Péguy vivant, 1914-2014 (revue Nunc, no 32, 2014) ; Charles Péguy (Cerf, 2014) ; Pensée de Péguy (avec Benoît Chantre et Frédéric Worms, DDB, 2014).

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Bertrand Ogilvie : Le travail à mort au temps du capitalisme absolu

L'Arachnéen - Mai 2017


Ce livre témoigne d'une réflexion menée pendant une dizaine d'années sur le travail. Il porte la trace d'un déplacement d'accent qui ne doit pas être effacé : l'hésitation qu'il recèle est en elle-même un enjeu. En effet, passer d'une reconnaissance de la dimension émancipatrice du travail comme lieu de désobéissance possible à l'accentuation de son lien à la mort, au négatif, présent dès le départ mais qui l'emporte de plus en plus dans le contexte néolibéral, ce n'est pas changer d'avis sur la signification de la dimension laborieuse de l'existence sociale, mais accepter qu'elle soit le lieu d'une contradiction pour l'instant insoluble. Au lieu d'opposer les deux libérations du travail, celle où le travail se libère et celle où l'on s'en libère, il faut sans doute essayer de penser comment on ne peut se libérer du travail qu'en le libérant. La question cruciale est de savoir laquelle des deux libérations domine l'autre, ou laquelle s'effectue sous domination de l'autre. Disons que l'orientation de ces réflexions penche plutôt vers l'idée que, dans le contexte d'une lutte politique, la libération du travail, sa réorganisation, ne devrait se faire que dans la perspective de son abolition, mais que cette abolition ne peut s'amorcer que sur la base de sa réorganisation, ou de sa désorganisation... Par ailleurs, les destructions à l' oeuvre dans le monde du travail ne peuvent aucunement être confondues avec l'abolition du travail, elles en constituent plutôt une métamorphose qui déploie au maximum sa négativité, et qui renforce le travail tout en le dépassant. Souligner cette perspective, c'est faire apparaître du même coup d'autres orientations, dans lesquelles son dépassement pourrait oeuvrer au contraire à son abolition.

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Christophe Bouriau et Aude Mertens : Kant. Une philosophie du renouveau métaphysique

Ellipses - Mai 2017 - Aimer les philosophes


Pour Emmanuel Kant (1724-1804), la philosophie s'occupe de trois questions fondamentales, qui correspondent aux trois intérêts principaux de la raison humaine : " Que puis-je savoir ? " ; " Que dois-je faire ? " ; " Que m'est-il permis d'espérer ? " En montrant que notre connaissance est limitée à une expérience de type sensible, Kant semble ruiner la métaphysique comme science du suprasensible, tournée vers les objets qui ne tombent pas sous les sens (Dieu, l'âme, la liberté, la question des limites du monde, par exemple).
Or, rien ne serait plus injuste que de voir en Kant le fossoyeur de la métaphysique. Si cette discipline n'est pas possible sur le plan théorique, montre-t-il, elle est en revanche possible (et même nécessaire) sur le plan plan " pratique ". Cela veut dire que l'usage de certains énoncés métaphysiques nous permet seul de mener à bien certaines opérations dirigées vers des buts rationnels. En critiquant et en réformant la métaphysique, Kant en consacre le renouveau. Il inaugure une métaphysique d'un style bien particulier, que nous nommons la métaphysique du " comme si. " C'est à élucider le statut et la fonction de cette métaphysique nouvelle que ce livre est consacré.

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mardi 16 mai 2017

Alfredo Gomez-Muller : Nihilisme et capitalisme

Kimé - Mai 2017


L’expérience nihiliste de vivre dans un monde dépourvu de sens est rattachée à l’expansion mondiale du capitalisme, qui n’est pas simplement un mode de production mais aussi et surtout un régime de dévastation de la capacité humaine de créer et de conférer du sens et de la valeur au monde ainsi qu’à l’activité humaine comme telle. Le capitalisme — privé ou d’État— est un régime de clôture du possible qui assigne à l’humain ainsi qu’à tout ce qui existe la signification absolue de ressource disponible et appropriable en vue de l’accumulation de l’avoir et du pouvoir. Un régime qui est incompatible avec la culture dont le sens premier est le prendre soin de la terre — puis le prendre soin de l’humain. L’activité capitaliste est portée par un modèle de rationalité purement instrumentale et calculatrice, déterminant une subjectivité « unidimensionnelle », capable de finalités utilitaires mais incapable de (re)créer socialement et incessamment une symbolique du sens existentiel. Une subjectivité sans esprit, à l’image du « dernier homme » décrit par Nietzsche, pour lequel l’habitude de regarder vers le bas lui fait perdre jusqu’à la signification du mot « étoile ».
La critique de la dévastation « moderne » de la vie humaine et de la vie en général passe aujourd’hui par une critique culturelle du capitalisme, explicitant le statut idéologique du nihilisme. La critique de la clôture capitaliste du symbolique ne signifie nullement qu’il faille revenir aux récits traditionnalistes du sens et de la valeur. En tant que modalité de l’exigence critique de la pensée, la critique culturelle du capitalisme nous invite à repenser historiquement les conditions du sens existentiel et de la valeur, par delà toute dogmatique et en deçà des dichotomies établies entre le « réel » et l’ « utopie », la « raison » et l’« imaginaire », le « visible » et l’invisible ». Elle entend ainsi contribuer à libérer un espace de pensée et de passion en vue de la (re)création des « énergies utopiques » de l’humain ou, pour le dire peut-être plus simplement, de l’esprit humain. Ce livre entend proposer, de manière succincte, une série de repères historiques et thématiques de la critique culturelle du capitalisme.

Alfredo Gomez-Muller est professeur d’Études Latino-américaines et de Philosophie à l’Université François-Rabelais de Tours, et membre des équipes de recherche Interactions Culturelles et Discursives (ICD, Tours) et Théorie Politique Contemporaine (TEOPOCO, Universidad Nacional de Colombia). Parmi ses ouvrages : Éthique, coexistence et sens ; Sartre, de la nausée à l’engagement ; Alteridad y Ética desde el descubrimiento de América ; Anarquismo y anarcosindicalismo en América Latina ; La Reconstrucción de Colombia.

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Pierre Macherey : S'orienter

Kimé - Mai 2017 - Bifurcations


En se demandant ce que c’est en pratique, s’orienter, on tire un fil auquel se raccrochent, présentées sous des biais inattendus, beaucoup de questions dont l’importance philosophique est manifeste et même centrale. On s’oriente, ou on est orienté — c’est le principal dilemme auquel on est confronté lorsqu’on s’intéresse à cette question —, dans l’espace physique, mental, collectif, en vue de s’identifier professionnellement, sexuellement, politiquement, religieusement, dans des conditions qui, à chaque fois, oscillent entre deux pôles extrêmes, l’un de passivité, l’autre d’activité. Au fond, la philosophie dans son ensemble pourrait renvoyer à cette question dont les enjeux concernent tout le monde à tout moment, partout, sans exception. Le rat qui se repère tant bien que mal dans le labyrinthe du psychologue, le voyageur qui essaie de se retrouver dans la forêt où il est perdu, le militant révolutionnaire qui cherche une issue à la crise qu’il a contribué à déclencher, le savant en quête d’épreuves de vérité qui lui permettent de démêler les problèmes qu’il s’évertue à clarifier, le croyant qui se demande désespérément où trouver un sens à la vie : toutes ces situations, qui s’inscrivent dans des contextes très différents, ont néanmoins en commun de renvoyer à la même exigence, celle de s’orienter, qui engendre des comportements dont le résultat n’est nullement acquis à l’avance. Peut-être est-ce de cette exigence et des innombrables difficultés auxquelles elle est confrontée que le désir de philosopher tire son impulsion première.

Pierre Macherey est professeur honoraire à l’Université Lille Nord – Lille III, il est l’auteur de nombreux ouvrages.

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Jean-Michel Rey : Penser avec l'imaginaire. Entretien avec Michel Enaudeau

Les Belles Lettres - Mai 2017


Ce livre d’entretiens s’attarde à des matières qui mobilisent peu les philosophes : le crédit, la croyance, la confiance, l’oubli, la fiducia, la banqueroute. Elles sont l’ancrage d’une conception peu commune du XIX° siècle, attentive aux relations de pensées entre la France et l’Allemagne, foyer négligé de notre présent. C’est ce qui sous-tend ce que Jean-Michel Rey appelle le dialogue franco-allemand. 
Depuis un premier livre sur Nietzsche au début des années 70, le travail philosophique de Jean-Michel Rey avance par reprises qui relancent et amplifient les motifs de sa réflexion sans obéir à un programme ou des objectifs assignés. Celle-ci prend corps au sein d’un corpus philosophique, théologique, littéraire, économique et historique extrêmement vaste. Des Tragiques grecs aux auteurs contemporains, de La Boétie à la philosophie allemande, des grands historiens français du XIX° siècle à l’empirisme anglo-saxon, de la Révolution française à Saint Paul et à la psychanalyse freudienne, le lecteur croisera maints écrivains, penseurs et essayistes considérables. 
À chaque fois c’est la pensée qui travaille avec des formes différentes de l’imaginaire. Autant que les questions rencontrées compte la modulation des phrases qui les disent. C’est pourquoi les problèmes abordés se lient à une sensibilité affectée par le langage et les langues, libre d’en discerner les moindres inflexions. À l’écart de tout éclectisme, les parcours de Jean-Michel Rey semblent inachevables. (2016-12-21)

Jean-Michel Rey, ancien Directeur de programme au Collège International de Philosophie (1992-1998), est professeur émérite de l’Université Paris VIII où il a enseigné la philosophie et l’esthétique. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages. Citons, entre économie politique et morale, La Part de l’autre (1998), Le Temps du crédit (2002) et Les Promesses de l’œuvre (2003). On lui doit la republication de Philosophie de l’Histoire de France d’Edgar Quinet suivie d’une postface (2009).
Michel Enaudeau est journaliste honoraire. Il a publié des entretiens avec Laurence Kahn : Fiction et vérité freudiennes (2004), et, avec Miguel Abensour : La Communauté politique des “tous uns” (2014).

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jeudi 11 mai 2017

Richard L. Velkley : Heidegger, Strauss et les prémisses de la philosophie

Editions de la revue Conférence - Mai 2017


Leo Strauss n’est pas seulement le pourfendeur de tout relativisme et le défenseur du droit naturel et de la philosophie politique classique, celle de Socrate, de Platon et d’Aristote. Il est surtout un penseur de l’aporie ou du doute, un penseur radical dans la ligne de l’interrogation de Heidegger. Strauss a été profondément inspiré par la radicalité sans égale dont a fait preuve Heidegger dans sa lecture de l’histoire de la philosophie. Mais cette dette va de pair avec une critique dont ce livre détaille avec précision les différents aspects. Heidegger se situe dans la continuité de la philosophie moderne et de son primat de la pratique sur la théorie, ce qui n’a pas été sans effet sur son engagement politique en 1933, et, plus tard, sur son éloignement de la politique et son attente de nouveaux dieux. 

L’intérêt du livre de Richard L. Velkley est de montrer, en suivant scrupuleusement les textes, la complexité de la relation de Strauss à Heidegger et la richesse de la «rectification» qu’il impose au questionnement de ce dernier. Ce faisant, l’auteur nous fait voir ces deux philosophes sous un jour nouveau. En s’interrogeant sur la manière dont ils envisagent les prémisses de la philosophie, il nous permet de mieux percevoir la singularité et l’étrangeté de la philosophie, alors que l’on pense couramment que sa place dans la cité va de soi.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Olivier Sedeyn

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Jacqueline Lagrée : Le médecin, le malade et le philosophe

PU Rennes - Mai 2017


Que peut dire une philosophe de la relation entre un patient et son médecin ? Lorsque la maladie survient avec son lot de désarroi et de solitude, la stupeur prend le pas sur la réflexion. Et pourtant, il est alors urgent de comprendre et d'écouter, de regarder l'autre comme une personne et de construire une relation de confiance et de respect mutuels. La vérité appartient-elle au malade ou au médecin ? Appartient-elle en fait à quelqu'un ? Que signifie faire don d'un organe ? Que devrait être une consultation qui respecte la dignité du malade ? Comment rester une personne à part entière lorsque l'on n'est plus qu'un corps endormi, anesthésié ? Ces questions, le médecin, le malade et ses proches se les posent sans cesse mais d'un point de vue fort différent. Et c'est bien là l'aide irremplaçable de la philosophie : apprendre à voir autrement, adopter le regard de l'autre et aborder ces questions d'une manière neuve.

Jacqueline Lagrée, professeur émérite de philosophie à l'université Rennes 1 est spécialiste de la philosophie de l'âge classique (Spinoza, les néostoïciens). Elle fait partie depuis sa création du comité d'éthique médicale du CHU de Rennes et intervient régulièrement auprès d'un public de soignants.

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Le Philosophoire n°47 : "L'Esprit critique"

Vrin - Mai 2017


L'Esprit critique

Editorial. Esprit critique : sauvons les meubles !
Vincent Citot
Entretien avec Olivier Rey, par Olivia Leboyer
—La réorientation matérialiste de l’esprit critique dans la philosophie de T. W. Adorno
Lucie Wezel et Jean-Baptiste Vuillerod
—L’apogée de la libre pensée en Islam
Vincent Citot
—Le chevalier de Jaucourt, un combattant des Lumières
Thomas Ferenczi
—Projeter le réel. Notes sur l’attitude critique inhérente à la notion de réalisme, à partir du film Chung Kuo, Cina, de Michelangelo Antonioni
Stefanie Baumann

Présent et avenir de la philosophie
Table ronde des Vingt ans du Philosophoire
—Résumé des interventions de Jean-Claude Poizat, Vincent Citot et Frédéric Dupin
—Philosophie médiatique et “demande philosophique”
Louis Pinto
—Essai d’évaluation de la production philosophique contemporaine
Vincent Citot

Les livres passent en revue
—Scènes de la vie intellectuelle en France d’André Perrin
Sylvie Paillat
—Décadence de M. Onfray – philosophie de l’histoire, histoire savante et para-histoire philosophique
Vincent Citot
—Arendt avec Heidegger ?
Charles Boyer
—La révolution sociologique de Marc Joly, et la question de la décadence de la philosophie
Vincent Citot

—Notices sur quelques publications récentes et ouvrages envoyés à la rédaction : Ferdinand Alquié, Lionel Artesiano, Philippe Cabestan, Christophe Charle et LaurentJeanpierre, Simon Critchley, Jérôme Englebert et Grégory Cormann, Fontenelle, Robin Fortin, Martin Heidegger et Eugen Fink, Alice Holzhey-Kunz, Geoffroy deLagasnerie, Gérard Lebrun, Reiner Shürmann, Nicolas Tertulian.

Hors Thème

—Le mal compris. Théologie et philosophie face au mal
Philippe Grosos

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mardi 2 mai 2017

Revue de la BNF n° 54 : Pop Philo. Philosophie et culture populaire

BnF éditions - Mars 2017


Ce numéro de la Revue permet d'interroger ce " besoin de philosophie " qui traverse nos sociétés modernes et la manière dont les philosophes et les médias y répondent, à travers l'évocation des objets populaires dont ils se sont emparés. Réponse bienveillante, voire complaisante ? Injection superficielle de sens ? Ou un moyen de renouer avec une tradition ancienne de la philosophie qui entend faire ressortir en chacun la capacité à comprendre et à s'approprier le monde ? Pour répondre, la Revue laisse la parole aux philosophes : Raphaël Enthoven (les risques de la parole publique), Christian Godin (la kitsch philosophie ?), Sandra Laugier (les vertus ordinaires de la culture populaire), Yves Charles Zarka (le besoin de sens détourné par les médias)... et au sociologue Jean-Louis Fabiani (Philosophie, nouvelles politiques de l'offre et métamorphoses de la demande).

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samedi 29 avril 2017

Anton Marty : Sur l'origine du langage

Hermann - Avril 2017 - Le bel aujourd'hui


Le présent livre d’Anton Marty (1873-1914) constitue un tournant dans l’histoire des réflexions sur le langage. Son objet est d’établir une véritable « philosophie du langage », débarrassée des adhérences théologiques, qui attribuaient une origine divine au langage, ou du romantisme, qui défendait encore l’idée d’un « génie » ou d’un « esprit » des langues. Selon Marty, le langage n’a pas d’autre origine que le travail de facultés humaines, et il est donc possible d’en reconstruire la formation à partir d’hypothèses empiriques, qui illustrent à chaque étape le rôle de l’imitation, de l’habitude et de l’usage collectif de la langue. Avec cette thèse, Marty se pose en véritable interlocuteur et contradicteur de Husserl, dont les thèses sur la logique sont notamment discutées, et jette les bases du pragmatisme contemporain, puisqu’elle conçoit d’emblée le langage en fonction de sa finalité principale : communiquer des contenus de pensée, des créations de l’imagination, des émotions. Œuvre essentiellement collective, le langage reste lié à ce registre social, sans pour autant exclure la part évidente d’innovations et d’écarts individuels.

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Philippe Roy : L'immeuble du mobile. Une philosophie de la nature avec Châtelet et Deleuze

PUF - Avril 2017 - Collection : MétaphysiqueS


L'immeuble du mobile invite à faire l'expérience d'une manière de penser, par gestes et par diagrammes. Il est une poursuite du travail de Gilles Châtelet soutenue par un approfondissement de la conception du virtuel et de l'événement propre à Gilles Deleuze. Refusant le face-à-face de la nature et de la pensée, il déploie un projet de renouveau de la Naturphilosophie dans le cadre du physico-mathématique, de Galilée jusqu'à la physique quantique. Il expose une dialectique comprenant des centres d'indifférence au cœur des gestes et de leurs dimensions (symétries). Ces dimensions spatiales-temporelles-intensives de l'effectuation du virtuel sont des paliers de la nature et de la pensée, avec des modes différents de mobilité. Des expériences de gestes en pensée sont proposées au lecteur-acteur pour accéder à chacun des paliers, suivant une narration induisant les passages par les subjectivités propres à chacune de ces mises en scène. Ces subjectivités gestuelles sont les fantômes de l'immeuble, ses Horla, le virtuel...

Philippe Roy est enseignant et docteur en philosophie (thèse à l'université de Paris 8 « Gestes et diagrammes politiques »).

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vendredi 28 avril 2017

Alain Badiou : Le Séminaire. Que signifie "changer le monde ?" (2010-2012)

Fayard - Avril 2017


« Ce séminaire part d’un lieu commun : l’expression “changer le monde”, qui a largement enchanté les deux siècles précédents. Dans nos contrées dites “occidentales”, riches mais en crise, “démocratiques” mais rongées par le virus identitaire, l’expression “changer le monde” a un double statut. D’un côté, pour autant qu’elle a désigné un vouloir révolutionnaire, elle est tenue pour le nom périmé d’une utopie criminelle. D’un autre côté cependant, on nous enseigne qu’à tout instant le monde change à une vitesse extraordinaire, que nous sommes toujours en retard sur ce changement, et que d’incessantes “réformes” doivent plier les sujets à y consentir. On ne peut qu’en conclure que, dans cette affaire, “changer” est un verbe équivoque. Si tout change, y compris les acteurs, témoins et victimes dudit changement, rien ne peut attester le changement. Si en revanche il existe un repère fixe, un invariant relatif d’où prendre mesure du changement comme changement réel, quel est le statut de cet invariant ? Il faut reprendre entièrement la question du changement réel au-delà de l’antinomie rupture totale ou continuité d’une incessante innovation. Le problème est celui du lieu subjectif, d’où l’on peut concevoir, dans une subtile dynamique de l’immanence et du retrait, ce qu’est un changement orienté. » A. B.

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Collectif : Dire les inégalités. Représentations, figures, savoirs

PU Rennes - Avril 2017


Depuis les années 1980, un pan important de la recherche contemporaine et une part non moins significative des discours relayés ou construits par la littérature, l'art et les médias ont appréhendé l'injustice sociale à travers le prisme de la misère et de l'exclusion. Sans contester la pertinence de cette perspective, cet ouvrage s'efforce d'en élargir le spectre : plutôt que la seule catégorie de l'exclusion, c'est la notion d'inégalité qui permet ici d'interroger les manières de figurer le caractère juste ou injuste de l'ordre social pris dans son ensemble. Plutôt que la figuration de l'opprimé en tant qu'exclu du champ social, ce sont les représentations de l'écart, de la cohabitation, des misères de position, qui se trouvent au centre de la réflexion. L'ambition est ici de saisir et de questionner, dans l'écriture et la forme elles-mêmes, telle que celles-ci se déploient en philosophie, en littérature, en art et dans le champ des sciences humaines, la diction de l'inégalité et le répertoire des perceptions, émotions, sentiments, représentations, arguments et idéaux à travers lesquels elle se constitue comme injustice et comme violence.

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Cynthia Fleury et Anne-Caroline Prévot (dirs.) : Le Souci de la nature. Apprendre, inventer, gouverner

CNRS - Avril 2017



La nature nous relie les uns aux autres et à l'ensemble du vivant. 
Mais quelles expériences avons-nous aujourd'hui de la nature ? 
Celles-ci, ou leur absence, façonnent-elles nos façons de vivre et de penser, d'agir et de gouverner ? Existe-t-il une valeur ajoutée de l'expérience de nature pour l'éthique et la politique ? Il est urgent de préserver un " souci de la nature " qui soit au cœur des institutions, des politiques publiques, de nos dynamiques de transmission et d'apprentissage. 
Cet ouvrage, s'affranchissant des frontières disciplinaires, interroge, de l'enfance à l'âge vieillissant, de l'individu aux différents collectifs qui organisent nos vies, la spécificité des expériences de nature, et de leur éventuelle extinction, l'hypothèse de l'amnésie environnementale, ou à l'inverse les nouveaux modes de partage et de reconnexion avec la nature, et leur continuum avec notre humanisme. 
Une invitation à inventer un mode de partage. 

Cynthia Fleury est professeur à l'American University of Paris, chercheur associé au CESCO (MNHN-CNRS-UPMC). Citons parmi ses nombreux ouvrages, Les irremplaçables. Elle est membre du Comité consultatif national d'éthique (CCNE) et dirige la Chaire de Philosophie à l'Hôpital Hôtel-Dieu de Paris. 

Anne-Caroline Prévot est directrice de recherches au CNRS, chercheure au Muséum national d'histoire naturelle et vice-présidente du comité MAB-France (UNESCO). Écologue de formation, elle travaille à l'interface entre biologie et psychologie de la conservation pour comprendre les relations des humains à la nature et inventer de nouveaux futurs. 

Cynthia Fleury et Anne-Caroline Prévot ont dirigé l'ouvrage 
L'Exigence de la Réconciliation : biodiversité et société (2012).

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lundi 24 avril 2017

Rudolf Carnap : L’Espace. Une contribution à la théorie de la science

Gallimard - Avril 2017 - Bibliothèque de philosophie


Au moment où Carnap fait paraître L'Espace, en 1922, les mathématiques du XIXe siècle ont si profondément transformé la géométrie héritée d'Euclide et de Descartes que les questions soulevées par le concept d'espace sont multiples et âprement discutées : de quel genre d'objets est-il question en géométrie ? Quelles sont les sources de notre connaissance de l'espace ? Dans le même temps, la physique fait elle aussi surgir de nouvelles interrogations. La théorie de la relativité générale d'Einstein révolutionne en effet les conceptions usuelles des relations entre géométrie et expérience. Aussi n'est-il pas étonnant que le jeune Carnap, à l'issue de ses études de philosophie, de mathématiques et de physique à l'université d'Iéna, choisisse de contribuer à la "théorie de la science" par une thèse sur l'espace dans ses multiples significations. Cette oeuvre de jeunesse nous fait découvrir une première philosophie des sciences de Carnap, avant que, sous l'influence de la lecture du Tractatus de Wittgenstein, l'analyse logique du langage ne devienne sa méthode philosophique de prédilection. Il y a loin de cette réflexion empreinte de néokantisme et marquée par la pensée de Husserl au Carnap empiriste logique, membre du Cercle de Vienne, de La Construction logique du monde (1928) et de La Syntaxe logique du langage (1934). Mais son approche du problème de l'espace reste d'une étonnante pénétration philosophique.

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Emilie Dardenne (dir.) : Peter Singer et La libération animale. Quarante ans plus tard

PU Rennes - Avril 2017 - Collection : Essais


Dans son ouvrage La libération animale, Peter Singer développe trois grandes idées : le principe d'égale considération des intérêts, le rejet du spécisme, et la nécessité de mettre un terme à certains types d'exploitation des animaux, notamment ceux qui ont trait à la recherche et l'élevage industriel. Cette uvre phare a connu un retentissement immense, à tel point que sa publication, en 1975, a été présentée comme le moment clef dans l'émergence du mouvement éponyme. Cependant, le mouvement de libération animale ne saurait se réduire à la seule pensée singerienne. Ce mouvement extrêmement protéiforme a fait l'objet de débats intenses à l'interne, entre les défenseurs des animaux eux-mêmes qui privilégient des approches diverses, comme à l'externe, entre ceux qui défendent le statu quo ou contestent les arguments animalistes. L'objet de ce recueil est de revenir sur le lien entre le mouvement de libération animale et les théories de Peter Singer qui, à tort ou à raison, en est perçu comme le père fondateur. Comment l'éthique animale de l'auteur a-t-elle été accueillie depuis la publication de La libération animale, et comment a-t-elle évolué ? Quelle place la doctrine utilitariste occupe-t-elle dans le travail de Singer et dans les débats qu'il a engendrés ?

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Collectif : La valeur de l'émotion musicale

PU Rennes - Avril 2017 - Collection : Aesthetica


Au sein des recherches actuelles sur l'émotion musicale, ce livre possède une approche originale: il ne s'agit pas tant de décrire la nature, les opérations et les fonctions de cette émotion, que de s'interroger sur les enjeux conceptuels, culturels, sociaux et artistiques de sa valorisation ou de sa dévalorisation. Autour de ce souci axiologique, il s'agit donc d'articuler des perspectives anthropologiques, esthétiques, historiques et pragmatiques afin de poser la question : au nom de quoi, en vue de quoi et dans quels moments de la musique occidentale, les acteurs impliqués par son exercice et sa compréhension revendiquent-ils ou refusent-ils l'émotion ? Dans la mesure où cette question engage les propriétés de la création, de l'exécution et de l'expérience musicale individuelle et collective, l'ouvrage tente de déterminer les points de vue multiples (religieux, philosophique, éthique, politique, esthétique et artistique) à partir desquels sont posées la valorisation ou la dévalorisation de l'émotion, tant dans les discours que dans les pratiques. Appréhender historiquement et conceptuellement la relation entre musique et émotion ; étudier certaines époques qui ont posé les termes du débat de façon cruciale ; explorer les dispositifs, les pratiques et les rôles joués par le compositeur, l'interprète et l'auditeur ; saisir le rapport que tel et tel type de musique ou genre musical (opéra, rock, jazz) entretient avec l'émotion, telles sont les quatre finalités de cet ouvrage.

Pierre-Henry Frangne est professeur de philosophie de l'art, Hervé Lacombe est professeur de musicologie, Timothée Picard est professeur de littérature comparée, tous les trois à l'université Rennes 2. Marianne Massin est professeur de philosophie de l'art à l'université Panthéon-Sorbonne.

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mercredi 19 avril 2017

Sophie Nordmann : Levinas et la philosophie judéo-allemande

Vrin - Mars 2017 - Bibliothèque d'histoire de la philosophie


En explorant les sources judéo-allemandes de l'oeuvre d'Emmanuel Levinas, Sophie Nordmann met en évidence un motif récurrent chez les grandes figures de la philosophie juive contemporaine que sont Hermann Cohen, Franz Rosenzweig, Martin Buber, Gershom Scholem et Emmanuel Levinas lui-même. Pour chacun d'eux, elle montre que c'est par le recours aux sources juives qu'ils sortent de l'impasse philosophique dans laquelle ils sont pris – celle de la contradiction interne à l'éthique pour Cohen, celle du présupposé du "Tout pensable" pour Rosenzweig, celle de l'hégémonie du Cela pour Buber, celle de la conception linéaire de l'histoire pour Scholem, celle de l'enfermement dans l'être pour Levinas – et donnent corps à un projet philosophique inédit. En retour, les interprétations philosophiques qu'ils nous livrent éclairent la richesse de la tradition juive sous de multiples aspects : le monothéisme chez Cohen, le judaïsme biblique chez Rosenzweig, le hassidisme chez Buber, la Kabbale chez Scholem, le Talmud chez Levinas. Cet ouvrage enrichit et renouvelle l'interprétation de ces auteurs, en dégageant le rôle moteur que joue, chez chacun d'eux, la référence aux sources juives. Il contribue ainsi à une réflexion plus générale sur les implications d'un recours philosophique à des sources religieuses, ici celles du judaïsme.

Sophie Nordmann enseigne la philosophie à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes et est membre du Groupe Sociétés Religions Laïcités (GSRL, UMR 8582). Ses travaux portent sur l'histoire de la philosophie juive moderne et contemporaine.

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Pierre Musso : La Religion industrielle. Monastère, manufacture, usine. Une généalogie de l'entreprise

Fayard  - Avril 2017


L’industrie est une vision du monde et pas seulement un phénomène historique. Avant d’être machinisme, elle est une grande machinerie intellectuelle. Nous vivons et nous croyons dans les « Révolutions industrielles » qui se multiplient depuis deux siècles.
Cet ouvrage porte un regard anthropologique et philosophique de l’Occident sur lui-même. Cet Occidental selfie met au jour sa puissante religion industrielle, jamais vue comme telle.
L’industrie absorbe tout. Elle fait tenir l’architecture culturelle de l’Occident. Car l’Occident a bien une religion. Il ne s’est produit aucune « sécularisation ». La religion ne peut disparaître : elle se métamorphose. Avec la « Révolution industrielle », un « nouveau christianisme » technoscientifique a été formulé.
Cet ouvrage donne à voir la naissance, dans la matrice chrétienne, d’une religion rationnelle qui est désormais notre croyance universelle. L’esprit industriel s’est emparé du plus grand mystère de l’Occident chrétien, celui de l’Incarnation, et l’a inscrit dans divers grands Corps pour transformer le monde : ceux du Christ, de la Nature, de l’Humanité et de l’Ordinateur.
Pierre Musso explore la généalogie de la religion industrielle et met en évidence trois bifurcations majeures institutionnalisées dans le monastère (xie-xiiie siècles), la manufacture (xviie-xviiie) puis l’usine (xixe), avant de constituer l’entreprise (xxe-xxie). Son élaboration s’est accomplie sur huit siècles pour atteindre son apogée avec la « Révolution managériale », la cybernétique et la numérisation.

Pierre Musso, philosophe de formation, professeur émérite de sciences de l'information et de la communication à l'Université Rennes 2 et à Télécom Paris Tech, a créé la chaire de recherches "Modélisations imaginaires, innovation et création". Il est fellow associé et conseiller scientifique de l'Institut d'Etudes avancées de Nantes. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, notamment sur Saint-Simon, la philosophie des réseaux et l'imaginaire industriel. Il a codirigé l'Edition critique des Oeuvres complètes d'Henri Saint-Simon, publiée aux PUF, coll. "Quadrige", 2013.

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mardi 18 avril 2017

Reza Rokoee : L'Iran autrement. Des conflits philosophiques à l'iconophobie

Editions L'Harmattan - Avril 2017 - Collection : L'Iran en transition


La brève histoire de la philosophie moderne en Iran exposée dans cet ouvrage se présente comme un préambule à la connaissance des hommes de lettres iraniens et à leur pensée dans une société tissée de paradoxes. L'herméneutique est sans doute l'un des exemples les plus significatifs de la modernisation théorique en cours en Iran. Après avoir acquis une nouvelle forme de langage, dépourvue de fondements, et créé une conception qui permet de travestir la réalité du monde, elle s'est substituée à son image classique pour devenir une manière de camoufler la décadence de la pensée traditionnelle. De même, l'iconoclasme, phénomène qui touche la conscience visuelle de la société iranienne, représente un autre exemple de ce paradoxe originel, à double tranchant, d'une vision qui ne parvient pas à identifier son trait ontologique et à déterminer l'éducation de la vue. Ainsi le sacré ne supporte pas de se voir et de percevoir l'autre comme sacré, car une conscience séculaire qui n'a pas accès à la vision demeure dans le domaine de la divinité obscurantiste moderne. 

Reza ROKOEE, après avoir fait des études philosophiques à I'EHESS (2008), s'intéresse aujourd'hui à la lecture phénoménologique de la philosophie médiévale et moderne. Il mène une étude parallèle sur le cas précis de l'Iran afin de mieux illustrer un certain nombre de problématiques. Il a déjà publié Le rêve et l'éveil dans les écrits de Husserl (L'Harmattan, 2013) et L'attitude phénoménologique comparée : de Husserl à Avicenne (L'Harmattan, 2015).

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