samedi 31 mars 2018

Laetitia Simonetta : La Connaissance par sentiment au XVIIIè siècle

Champion - Mars 2018


Le XVIIIe siècle n’est pas seulement le siècle de la raison, il est aussi celui où le sentiment s’impose dans l’esprit de certains philosophes pour rendre compte de la façon dont certains objets sont connus. Le moi ainsi que les valeurs morales et esthétiques sont, par excellence, des objets qui échappent à une analyse rationnelle ainsi qu’aux perceptions issues des sens externes. Ils se donnent dans cette expérience intérieure qu’est le sentiment. La particularité de celui-ci est que, alors qu’il est une impression d’ordre affectif, constituée de perceptions de plaisir et de douleur, il est amené à représenter autre chose que l’état purement subjectif de l’âme. Tout le problème est de déterminer à quel point le sentiment constitue un mode de connaissance irréductible : est-il un principe de connaissance à part entière, à côté de la sensation et de la réflexion, ou simplement la manière de connaître de celui qui, ayant développé des habitudes de penser et de sentir, a l’impression de juger de façon immédiate ? Reconnu comme fait mais n’ayant pas de fondement clairement assignable, il est sujet aux interprétations les plus contradictoires. Placé au croisement d’un courant métaphysique et d’un courant empiriste radical, il incarne une des notions qui manifestent le plus fortement la diversité des écoles qui perdurent au siècle des Lumières.

Ancienne élève de l’ENS de Lyon, Laetitia Simonetta est agrégée et docteur en philosophie. Elle est affiliée à l’Institut d’Histoire des Représentations et des Idées dans les Modernités (UMR 5317) et enseigne dans le secondaire (Académie de Versailles).

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vendredi 30 mars 2018

Marie-Anne Matard-Bonucci : Totalitarisme fasciste

CNRS - Mars 2018


Avec l'essor des nationalismes et des populismes en Europe, la notion de fascisme revient en force dans le débat politique, qu'il s'agisse, pour les uns, de dénoncer un hypothétique retour des années trente ou pour les autres, de stigmatiser l'" islamo-fascisme ". 
Au moment où les démocraties européennes montrent des signes de fatigue, il est impératif de revisiter le sens de ce mot en mobilisant une approche historique et en replaçant ce phénomène politique dans le pays qui l'a vu naître : l'Italie. 
Marie-Anne Matard-Bonucci rappelle ainsi le rôle et la place inédite de la violence dans l'idéologie fasciste et dans ses pratiques. Une violence non seulement utilisée pour anéantir les adversaires politiques mais aussi mise en oeuvre sur un mode génocidaire dans les colonies italiennes. En étudiant certains domaines peu abordés par les historiens, elle décrypte l'impact du projet fasciste sur le quotidien des Italiens, le projet de construction d'un " homme nouveau " conduisant le régime à vouloir contrôler les comportements, changer les caractères jusque dans la sphère de l'intime : des usages linguistiques au rire, des loisirs aux affects. Elle souligne aussi la plasticité de l'idéologie fasciste, l'exaltation de l'action et du pragmatisme permettant métamorphoses et reniements. 
À rebours des idées reçues, Marie-Anne Matard-Bonucci insiste enfin sur la nature raciste et antisémite du régime mussolinien : l'Italie fasciste fut le seul État à avoir expérimenté en même temps une politique raciste coloniale et un antisémitisme d'État.

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Kilien Stengel : Philosophie et Alimentation. La conscience de bien manger

Ovadia - Mars 2018


La définition personnelle de ce qui est « bon » gustativement permet au mangeur, affirmant son jugement personnel, d’élever son identité et son appartenance à une certaine catégorie sociale. On ne saurait limiter le bon goût à un aspect purement personnel sans prendre en compte les interactions socioculturelles, ni à une représentation simplement heureuse, ou à une réalité concrète, absolue ou universelle. Le goût d’un plat, bon ou mauvais, dans une réalité abstraite, est perçu par la pensée subjective. Mais réduire le bon goût à une attente individuelle, conduit inévitablement non seulement à le diviser, à le diversifier, mais aussi à nous diviser sur fond sociétal à propos du bon goût. Si bien que la définition de la qualité alimentaire voire gastronomique devient confuse, au regard de chacun. Chacun ayant des critères propres dans ses attentes alimentaires, esthétiques, gustatives, culturelles et de commensalité, des guises ou caprices issus de son éducation alimentaire, voire des manies individualistes, comment occulter qu’en faisant du bon goût une affaire personnelle, on aboutit à ériger une dégustation unipersonnelle et un plaisir de table solitaire ?

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jeudi 29 mars 2018

Cahiers du CAP : Les dimensions relationnelles de l'art. Processus créatifs, mise en valeur, action politique

Editions de la Sorbonne - Mars 2018 - Collection : Cahiers du CAP


Ce volume rassemble des textes en anthropologie, histoire de l'art, musicologie, histoire du cinéma, réunis pour construire ensemble un véritable objet pluridisciplinaire : l’art est ici examiné comme processus, depuis les modèles cognitifs et conceptuels étudiés dans les contextes de sa création jusqu’à l’impact politique et sociétal de sa réception. La première partie des Cahiers du CAP considère des objets aussi divers que la création musicale contemporaine, la mise en récit(s) de la photographie dans la seconde moitié du xxe siècle en France et la production de bronzes au XIXe siècle sous l’angle de leurs processus créatifs. Sa deuxième partie examine les espaces muséaux : ils peuvent être considérés comme des « zones de contact » plus ou moins asymétriques et jouent aujourd’hui un rôle crucial dans la mise en valeur de pratiques et d’objets considérés comme mineurs ou marginaux. Enfin, la dernière partie propose d’interroger l’articulation entre culture et politique au regard de contextes sociaux, politiques et historiques distincts.

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Fabio Merlini : La triste esthétique. Essai sur les catastrophes de l'immédiateté

Librairie Philosophique Vrin - Mars 2018 - Collection : Matière étrangère


Est bien “triste” cette esthétique qui, dans son alliance avec le “mauvais infini” de l’accumulation illimitée, rend séduisants presque tous les objets de nos contextes de vie. “Triste”, car elle masque ce qui se cache trop souvent derrière sa belle apparence : des conditions de travail critiques, pour ne pas dire obscènes; des impacts sociaux et environnementaux catastrophiques; des souffrances ignorées : bref des formes de vie barbares, indifférentes aux valeurs et aux droits dans lesquels notre culture veut se reconnaître. Au cœur même de l’innovation esthétique et du design contemporain se trouve ainsi réactualisée toute une histoire de violations, refoulée en son temps par les idéaux d’émancipation de la société moderne.

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mercredi 28 mars 2018

Jules Vuillemin : Nécessité ou contingence. L’aporie de Diodore et les systèmes philosophiques

Les Editions de Minuit - Mars 2018 - Collection : Le sens commun


Les conditions qui rendent possible un acte libre existent-elles dans la nature et en nous-mêmes ? Y a-t-il nécessité ou contingence ? 
Un philosophe grec du nom de Diodore Kronos, à peu près contemporain d’Aristote, a formulé une aporie connue sous le nom d’argument dominateur. C’est un fait que les anciens ont considéré cette aporie comme valide. À leurs yeux, elle démontrait l’incompatibilité de plusieurs principes dont on s’accorde à trouver la présence dans les conditions d’un acte libre et que le bon sens est porté spontanément à tenir pour vrais. Réduits à l’essentiel, voici ces principes : 
a) Le passé étant irrévocable, seul un événement futur peut être possible. 
b) Un impossible ne peut pas être la conséquence logique d’un possible. 
c) Il y a un possible dont la réalisation n’a jamais lieu, ni dans le présent, ni dans le futur. 
d) Ce qui est, est nécessairement pendant qu’il est. 
C’est encore un fait, historiquement attesté, que, en réponse à la question de la nécessité ou de la contingence, les philosophes de l’Antiquité ont élaboré plusieurs solutions mutuellement exclusives en procédant comme on fait, en mathématiques, lorsqu’il s’agit d’accommoder un système d’axiomes démontré incohérent. Ils ont sacrifié l’un d’eux pour sauver ceux qui leur paraissaient inattaquables.

Table des matières

Introduction
I. Objet et plan de ce livre –II. Méthode suivie dans les trois premières parties : l’analyse des systèmes – III. Examen de quelques questions préalables. Réponses à ces questions – IV. introduction de la méthode synthétique dans la quatrième partie 

Première partie : L’argument dominateur
Chapitre I : L’argument dominateur. Sur quelques interprétations passées et sur leurs défauts. Conditions que doit remplir une interprétation acceptable 
1. Le texte d’Épictète chronologique – 2. L’interprétation de Zeller. Confusion du logique et du chronologique – 3. Ambiguïté dans la première prémisse : nécessité et irrévocabilité. Signification de la première prémisse – 4. L’interprétation de Prior ; elle contient deux prémisses supplémentaires dont l’une est explicitement rejetée par Aristote, elle suppose ambiguë la première prémisse 
Chapitre II : Reconstruction du dominateur 
5. Un paradigme aristotélicien : De Caelo, I, 283b 6-17. Son contexte – 6. Le principe de conservation du statut modal – 7. Le principe de la réalisation possible du possible – 8. Le principe de nécessité conditionnelle – 9. L’irrévocabilité du passé ou le principe de l’impossibilité de réaliser le possible dans le passé – 10. Le principe de l’expansion diachronique de la nécessité – 11. Première reconstruction de la démonstration du De Caelo. Un sophisme dans la distribution des modalités ? – 12. Seconde reconstruction de la démonstration du De Caelo : l’addition du principe de la nécessité conditionnelle la rend légitime – 13. La troisième prémisse du dominateur – 14. Première reconstruction du dominateur : un sophisme dans la distribution des modalités ? – 15. Seconde reconstruction du dominateur : l’addition du principe de nécessité conditionnelle la rend légitime – Appendice 

Seconde partie : 
Les systèmes de la nécessité : mégariques et stoïques
Chapitre III : Un système de fatalisme logique : Diodore Kronos 
16. La solution de Diodore – 17. Deux interprétations possibles quant à l’objet des modalités diodoréennes : interprétation nominaliste et interprétation réaliste – 18. Signification de l’implication diodoréenne – 19. Le nominalisme de Diodore 20. Le nécessitarisme de Diodore 

Chapitre IV : Éternel retour et temps cyclique : la solution de Cléanthe 
21. Première conjecture. Nécessité du passé secundum vocem et secundum rem : la conception d’Ockham dans l’hypothèse de la reconstruction de Prior. Modalité de dicto et modalité de re – 22. Insuffisance de la solution d’Ockham. Mise en cause. du principe de nécessité conditionnelle :Jean Duns Scot – 23. Retour à Cléanthe et seconde conjecture : caractère conditionnel de la nécessité du passé selon Cléanthe ; l’interprétation de Leibniz – 24. Troisième conjecture : temps cyclique et conception numérique de l’identité des êtres dans l’éternel retour

Chapitre V : La liberté comme élément du destin : Chrysippe 
25. Les doutes de Chrysippe portent sur la lettre, c’est-à-dire sur la forme négative de la seconde prémisse du Dominateur, non sur sa forme positive – 26. Doute de Chrysippe sur la définition croisée des modalités. De ce qu’il n’est pas possible qu’un événement ait lieu, on ne peut conclure à la nécessité de son contraire – 27. Le système non canonique des modalités selon Chrysippe – 28. Un système apparenté au système Q de Prior 

Troisième partie :
Les systèmes de la contingence : lycée, jardin, académie
Chapitre VI : Aristote. Vers une réhabilitation de l’opinion comme connaissance probable des choses contingentes 
29. Le chapitre IX du De Interpretatione – 30. Articulation du texte. L’introduction (18a 28-34). Le problème posé – 31. Validité des principes de non-contradiction et du tiers exclu (18a 38 et 18b 17-25) – 32. Examen et critique de la théorie mégarique (18a 34-18b 17 et 18b 25-19a 22) – 33. Solution d’Aristote (19a°22-19b 4) : nécessité conditionnelle et exceptions au principe de bivalence – 34. La conception générale d’Aristote confirme la solution donnée dans le De Interpretatione : différence entre Aristote et Diodore Kronos – 35. Première hypothèse interprétative. plus de deux valeurs de vérité – 36. Deuxième hypothèse interprétative : propositions sans valeur de vérité déterminée – 37. Troisième hypothèse interprétative : la probabilité 

Chapitre VII : Épicure et l’intuitionnisme 
38. Première interprétation logique de la négation épicurienne du tiers-exclu : la logique à trois valeurs de Lukasiewicz ; raisons de rejeter cette solution – 39. Deuxième interprétation logique de la négation épicurienne du tiers-exclu : le système intuitionniste – 40. Les critères épicuriens sont-ils compatibles avec l’intuitionnisme ? – 41. Conséquences des critères épicuriens : pluralité des hypothèses et rejet du tiers-exclu – 42. Le Dominateur et l’épicurisme – 43. Autres conceptions intuitionnistes de la réalité : Descartes et Kant 

Chapitre VIII : Carnéade et le nominalisme sceptique des modalités 
44. Quelle est la relation entre le principe du tiers-exclu et le principe de causalité (De Fato, X-XII) ? – 45. Mise en cause de la définition dogmatique donnée par Aristote de la vérité (De Fato, XIV) – 46. Carnéade et le Dominateur (De Fato, IX) – 47. De Carnéade aux logiques à noms fictifs : l’amplification chez Buridan – 48. Carnéade n’abandonne pas le principe de nécessité conditionnelle ; il le prive seulement de la portée ontologique que lui confère l’interprétation dogmatique de la vérité 

Chapitre IX : Platonisme et nécessité conditionnelle
49. Le platonisme et le principe de nécessité conditionnelle – 50. Conséquences de la liaison entre nécessité conditionnelle et substantialité du sensible sur la modalité, la causalité et la liberté – 51. Conséquences que l’abandon du principe de nécessité conditionnelle et de la substantialité du sensible entraîne pour la modalité, la causalité et la liberté chez Platon et les platoniciens. Le même abandon, principe de conséquences semblables chez Jean Duns Scot 

Quatrième partie : 
Classification synthétique des systèmes de la modalité
Chapitre X : Assertion, modalité et loi naturelle 
52. Analyse et synthèse ; plan de la quatrième partie – 53. Classification des assertions fondamentales – 54. Esquisse d’une classification des systèmes philosophiques – 55. Les modalités comme constituants des lois naturelles ; principe de leur classification philosophique – 56. Les lois classificatoires : I. Réalisme et validité. II. Réalisme et validité approchée des lois naturelles III. Les classifications naturelles : taxinomies conceptualistes, généalogies et tableaux périodiques du nominalisme des choses – 57. Les lois causales : I. Les lois de l’accident : lois du signe parfait et extrémales conceptualistes. II. Réductions élémentaires du nominalisme des choses. III. Nominalisme des événements et lois de champ – 58. Les règles et les systèmes de l’examen : I. Intuitionnisme, lois, constructions : A. La validité intuititionniste. B. Esquisse d’une histoire de l’intuititionnisme physique. C. Trois exemples. II. Le scepticisme : la loi comme convergence vers une même probabilité a posteriori – 59. Application de la précédente classification aux solutions du Dominateur 

Chapitre XI : Aperçu sur la classification des systèmes philosophiques dans leur rapport avec la question de la nécessité et de la contingence 
60. Retentissement de l’ordre synthétique sur les matériaux disposés suivant la méthode analytique – 61. Le Réalisme – 62. Le Conceptualisme – 63. Le Nominalisme – 64. L’Intuitionnisme – 65. Le Scepticisme 

Index des citations des textes antiques et médiévaux – Index des noms propres – Index des matières – Bibliographie

Addendum : Nouvelles réflexions sur l'argument dominateur : une double référence au temps dans la seconde prémisse

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Siri Hustvedt : Les mirages de la certitude. Essai sur la problématique corps/esprit

Actes sud - Mars 2018


"Les Mirages de la certitude entend explorer l'insoluble problème du rapport corps/esprit qui hante la philosophie occidentale depuis la Grèce antique. En écrivant cet essai, mon souhait était surtout de montrer au lecteur, de la façon la plus claire possible, que les questions portant sur la nature de l'"esprit" par opposition au "corps" restent ouvertes, et sont loin d'être tranchées. Assez tôt, au cours de mes aventures dans le champ des neurosciences, j'ai été amenée à poser des questions simples aux scientifiques que je rencontrais. Pourquoi se servent-ils d'expressions comme "corrélats neuronaux", ou, plus déconcertant encore, "représentations neuronales" ? De quoi ces neurones sont-ils le corrélat, ou la représentation ? Pourquoi toutes ces métaphores empruntées à l'informatique pour décrire des actions du cerveau ? Leurs réponses étaient tout sauf claires. La problématique corps/esprit est un vaste sujet - c'est le moins qu'on puisse dire. Mais mon intention, à travers cet essai, n'est pas d'en résumer l'histoire, ni de résoudre la question : il s'agit bien plutôt d'attirer l'attention du lecteur sur les différentes façons dont cette vieille énigme philosophique influence les débats contemporains en de nombreux domaines. (...) Je me suis donc donné pour mission de mettre en évidence les myriades d'incertitudes qui subsistent et de montrer que chaque discipline, qu'elle appartienne à la famille des sciences dites "dures" ou à celles que l'on qualifie de "molles", est en partie tributaire d'éléments qui transcendent les frontières de la rationalité - à savoir le désir, la croyance, et l'imagination." S. H.

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mardi 27 mars 2018

Michel Lepesant et Baptiste Mylondo : Inconditionnel. Anthologie du revenu universel

Détour - Mars 2018


En la remettant en perspective, les auteurs retracent l’évolution politique et intellectuelle du revenu inconditionnel, idée aux multiples facettes, aujourd’hui sur le devant de la scène démocratique. La première partie de cette anthologie, historique, présente le travail théorique des More, Fourier, Kropotkine ou Russel, autant d’utopistes qui ont vu dans cette idée de revenu inconditionnel une mesure de bon sens. La deuxième partie retrace les différentes justifications avancées à l’appui du revenu inconditionnel, des auteurs libéraux comme Locke ou Friedman, jusqu’aux approches fondées sur une autre idée de la coopération et de la société (Aristote, Flahault), en passant par le célèbre article de Philippe van Parijs «Pourquoi il faut nourrir les surfers», inédit en français. La troisième partie prolonge la réflexion au-delà du simple revenu inconditionnel en se penchant sur la problématique plus large des inégalités, à partir de textes de Platon, Rousseau, Montesquieu, et d’auteurs contemporains tels Gorz et Caillé, plaidant pour un revenu suffisant, mais aussi pour l’introduction d’un plafond de richesse.

Baptiste Mylondo est enseignant en économie et en philosophe critique. Il est également auteur de nombreux ouvrages consacrés au revenu inconditionnel, à la critique de la «valeur travail» et de la société de croissance. Michel Lepesant est enseignant en philosophie et (p)artisan de la décroissance critique. Il s’est beaucoup investi dans les expérimentations de monnaies locales.

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Muriel Gilbert (dir.) : Antigone et le devoir de sépulture

Labor et Fides - Mars 2018 - Collection : Actes et recherches


En sacrifiant sa vie pour rendre à son frère les honneurs funèbres dont Créon l'avait privé, Antigone affirme l'importance du devoir de sépulture. Dans quelle mesure le motif de la sépulture est-il un symbole privilégié pour penser le lien social, politique et religieux aujourd'hui ? Tel qu'il est figuré dans la pièce de Sophocle, le revers de ce motif, à savoir le refus des honneurs funèbres, nous aiderait-il à penser - comme à panser - les traumatismes collectifs associés aux innombrables cadavres laissés sans sépulture au cours des siècles ? Ce livre explore ces questions sous l'angle pluridisciplinaire, à savoir notamment préhistorique, archéologique, philologique, théologique, historique, juridique, anthropologique, sociologique et psychanalytique.

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lundi 26 mars 2018

Serge Margel : Altérités de la littérature. Philosophie, ethnographie, cinéma

Hermann - Mars 2018 - Le bel aujourd'hui


Selon l’hypothèse qui sous-tend cet ouvrage, un cas littéraire est l’homologue critique d’un niveau d’information fourni par l’échelle d’une carte. En effet, telle une carte envers le terrain cartographié, un fait littéraire est un cas critique qui transforme un état de chose en un autre sans changer cet état des choses, comme un meurtre qui deviendrait une affaire psychiatrique sans pour autant cesser d’être un meurtre. Il en va de même pour l’écriture de soi chez Rousseau, pour le deuil chez Hölderlin, le sublime chez Baudelaire, la fiction chez Mallarmé, l’amour chez Marguerite Duras, la date chez Paul Celan, la peau chez Charlotte Delbo, le raccord de souvenir chez Chris Marker, ou le personnage possédé chez Jean Rouch. Autant de cas qui ont fait l’objet d’études spécifiques et d’analyses textuelles, qui sont rassemblées ici pour penser le fait littéraire dans sa force critique. Ces textes ont été rédigés et ordonnés selon les relations que la littérature entretient à d’autres champs du savoir, d’autres disciplines, d’autres pratiques, ou à ses différents niveaux d’altérité.

Serge Margel est philosophe, philologue, chercheur au Fonds national suisse de la recherche scientifique, et enseigne à l’université de Neuchâtel. Il a notamment publié La mémoire du présent. Saint Augustin et l’économie temporelle de l’image (2016).

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Jean-Marie Nicolle : Balades philosophiques de Rouen

Ipagine - Mars 2018


Rouen fut une ville riche et puissante, un port qui vit se rencontrer de nombreuses populations, un centre artistique et culturel avec ses peintres, ses écrivains et ses savants. Parmi ces esprits créateurs, quelques philosophes y ont vécu les débats et les engagements de leur époque. Ce petit guide vous invite à une balade philosophique dans le temps et sur les lieux qui ont vu passer Nicole Oresme, Montaigne, Blaise Pascal, Fontenelle, Voltaire, Alain, Sartre et Simone de Beauvoir. Chaque endroit visité sera l'occasion d'une présentation simple de leurs recherches et de quelques anecdotes. Rouennais, agrégé et docteur en philosophie, Jean-Marie Nicolle est spécialiste de la philosophie de Nicolas de Cues. Il a publié nombre d'ouvrages de philosophie générale et d'articles sur la philosophie des mathématiques.

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dimanche 25 mars 2018

Patrick Flack : Idée, Expression, Vécu. La question du sens entre phénoménologie et structuralisme

Hermann - Mars 2018


Il est coutume, depuis les grandes polémiques des années 1960, de considérer la phénoménologie et le structuralisme comme des traditions rivales, antagonistes. À rebours de cette doxa, les études réunies dans ce recueil retracent la longue histoire et les synergies conceptuelles fortes qui les unissent. Des figures méconnues, telles que le philosophe russe Gustav Špet ou le linguiste néerlandais Hendrik Pos, rejoignent ici les auteurs canoniques que sont Edmund Husserl, les formalistes russes, Roman Jakobson, Maurice Merleau-Ponty ou Jacques Derrida, au fil d’un parcours qui jette un nouvel éclairage sur ce que phénoménologie et structuralisme ont à dire ensemble, tout particulièrement sur les thèmes du langage et de la littérature.

Patrick Flack est historien des idées et a défendu une thèse sur le formalisme russe à l'université Charles de Prague. Il a notamment édité Phenomenology and Linguistics (2016, avec S. Aurora) et Merleau-Ponty and Structuralism (2018, avec B. Stawarska).

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samedi 24 mars 2018

Jacques Lucchesi : Le désir d'être un autre. Essai de psychologie sociale

L'harmattan - Février 2018


Une insatisfaction de soi et un refus de sa condition première déterminent les comportements de plus en plus d'individus dans la société moderne. Sans cesse l'autre imprime sa marque dans nos cerveaux, nous fascine, nous appelle, brouille nos repères de classe et de genre. Ce phénomène n'est pas nouveau : de tout temps les hommes ont soupiré sur les limites imposées tant par la nature que la société. Mais la modernité lui a donné une accélération et une intensité sans doute jamais atteintes jusqu'ici. A tel point que l'écart entre le symbolique et le réel ne cesse de se réduire. On ne veut plus subir le changement biologique mais l'orienter à sa guise. Et les modèles de l'industrie culturelle sont moins livrés à notre admiration qu'à notre appétit d'incorporation. Ce désir d'être un autre, vécu souvent sur un mode ludique, est- il une donnée fondamentale de la conscience moderne ? C'est la question centrale posée par cet ouvrage qui s'inscrit dans la mouvance de la psychologie sociale (Gabriel Tarde, Gustave Le Bon). A travers de nombreux exemples tirés de l'actualité, des arts et des sciences humaines, cette enquête souple et subjective plaide finalement pour l'acceptation d'une incomplétude qu'aucun artefact ne pourra jamais combler.

Né en 1958 à Marseille, Jacques Lucchesi est devenu journaliste après des études d'écologie humaine et de philosophie. Auteur, chez d'autres éditeurs, de poèmes, de nouvelles, d'essais et de théâtre, Le désir d'être un autre est son premier livre chez L'Harmattan.

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vendredi 23 mars 2018

Olivier Alexandre : La sainte famille des Cahiers du cinéma

Vrin - Février 2018 - Collection : Philosophie et cinéma


Plus célèbre revue de cinéma au monde, les « Cahiers » occupent une place singulière dans le domaine de la critique. De crises en renaissances, ils continuent d’incarner un passé élevé au rang de mythe. Leur capacité à marier les contraires, entre gloire et marginalité, sens aigu de l’histoire et rendezvous manqués, révèle la part tragique du critique : ce travailleur sans métier, auteur sans profession, ni cinéaste ni enseignant, pas tout à fait journaliste ni complétement écrivain. À partir d’une enquête auprès de collaborateurs passés par les Cahiers du cinéma au cours des 50 dernières années, ce livre propose une réponse à cette question laissée en suspens depuis leur fondation : qu’est-ce qu’un critique?

Olivier Alexandre est sociologue, chargé de recherche au CNRS, ancien Visiting Scholar à l’université de Northwestern et à Stanford.

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Jean-Yves Boulic : Eloge des vertus

Saint-Simon Ed. - Avril 2018


Pour vivre ensemble et s'accepter, les hommes ont besoin de partager des valeurs, et quelque chose de plus grand qu'eux-mêmes qui peut s'appeler le sacré. Mais il leur faut aussi, dans la vie quotidienne, dépasser les égoïsmes et les peurs, l'agressivité et l'avidité: les instruments de ce dépassement s'appellent les vertus. Ce ne sont pas des vérités dogmatiques ni des impératifs catégoriques: elles se construisent et se fortifient tout au long d'une vie d'expériences et d'épreuves. 
Les vertus sont au point de jonction de la spiritualité et de la morale, avec un penchant pour la première, car ce sont elles qui choisissent de s'exercer ou non. Exigeantes les vertus, mais libres ! Il n'y a pas de vertus isolées, elles sont toutes dans le voisinage les unes des autres comme si, tel un collier de perles, un fil peu visible mais résistant les reliait. 
De même, on cherche ce qui relie les hommes et les femmes de cultures différentes, de quelle commune humanité ils peuvent se reconnaître: la pratique des vertus est une réponse à valeur universelle. Si l'art rend le monde plus beau, la vertu contribue à le rendre meilleur, c'est-à-dire plus juste et donc plus pacifique.

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Maurizio Ferraris : Émergence

Cerf - Mars 2018 - Collection : Passages


Pendant trop longtemps, la philosophie nous a raconté une histoire déprimante. Il y aurait un Moi qui, à travers le langage et la pensée, construirait le monde, les autres moi et, si absurde que cela puisse paraître, le passé lui-même. Cette histoire est triste parce que cette position, qui se prétend révolutionnaire, est de fait profondément conservatrice : c’est la réaction pure, c’est la négation de tout événement. Elle nous enseigne que rien de nouveau ne pourra jamais nous frapper, au titre de menace ou de promesse, et cela parce que le monde est tout entier à l’intérieur de nous.
Avec un langage créatif et des arguments aussi ironiques que contraignants, Ferraris nous raconte une autre histoire. La réalité et la pensée qui la connaît proviennent du monde, à travers des processus et des explosions, des chocs, des interactions, des résistances et des altérités qui ne cessent de nous surprendre. Du Big Bang aux termites, du web à la responsabilité morale, ce que le monde nous donne (c’est-à-dire tout ce qui existe) émerge indépendamment du moi et de ses claustrophobies.

Maurizio Ferraris est professeur de philosophie à l’université de Turin. Éditorialiste pour La Repubblica, il est directeur de la Rivista di Estetica et co-directeur de Critique. Il a écrit plus de cinquante ouvrages, traduits en plusieurs langues, dont T’es où ? Ontologie du téléphone mobile (2005) et Mobilisation totale (2015).

Traduit de l’italien par Sabine Plaud

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Zhao Tingyang : Tianxia, tout sous un même ciel

Cerf - Mars 2018


L'ordre du monde dans le passé et pour le futur. L'oeuvre essentielle du philosophe chinois dominant traduite pour la première fois. Les grandes controverses du moment traitées frontalement. Une pensée alternative aux impasses contemporaines. Un livre-événement, refondateur. A lire absolument. A-t-on raison d'avoir peur de la Chine ? Et si, au contraire, son intuition originelle représentait le meilleur antidote au choc des civilisations ? Si elle permettait de faire enfin rimer globalisation et réconciliation ? Aux théories modernes sur l'Etat, la nation, la guerre, la paix, le conflit des pouvoirs et la domination des nouveaux réseaux, Zhao Tingyang oppose le Tianxia, ce système antique incluant "tout ce qui existe sous le ciel". Un système qui inspira l'Empire du Milieu, vortex ayant su attirer, intégrer, harmoniser les peuples et les cultures. Un système à même, demain, de définir le monde comme sujet souverain. Qu'il critique les courants majeurs de la pensée occidentale, qu'il invoque l'histoire, l'économie ou la théorie des jeux, qu'il révèle des concepts inconnus, c'est toujours en jetant des ponts que Zhao Tingyang nous invite, dans ce maître-livre, à redécouvrir l'universalité.

Zhao Tingyang est l'un des philosophes chinois contemporains les plus renommés. Chercheur à l'Académie des sciences sociales chinoises, il enseigne également dans les universités de Qinghua, Pékin et Harvard. En 2005, il publie son livre phare, Le Système Tianxia, une introduction à théorie politique du monde. Sa correspondance avec Régis Debray est publiée en 2015 sous le titre Du Ciel à la Terre (Les Arènes). Jean-Paul Tchang est chercheur à l'Académie des Sciences sociales, professeur de renommée internationale, auteur d'une dizaine d'essais dont une correspondance avec Régis Debray, Du ciel à la terre, publiée simultanément à Paris et Pékin, Zhao Tingyang incarne l'essor planétaire de la philosophie chinoise.

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jeudi 22 mars 2018

Olivier Penot-Lacassagne (dir.) : Beat generation. L'inservitude volontaire

CNRS Editions - Mars 2018


Débarrasser la Beat Generation des clichés qui l'encombrent et font parfois oublier la vigueur du réveil qu'elle initia... Ce livre bouscule le bon ordre des discours convenus. Il fait entendre, aux côtés de la Sainte Trinité Ginsberg-Kerouac-Burroughs, des voix trop souvent minorées : voix de femmes (Diane di Prima, Ruth Weiss, Joanne Kyger, Hettie Jones, Anne Waldman...) ou d'hommes (Philip Lamantia, Michael McClure, Brion Gysin, Claude Pélieu, LeRoi Jones, Gary Snyder...) qui, artistes, poétesses et poètes, ont été relégués au second plan, par habitude, par indifférence, par incompréhension. 
Que nous disent, aujourd'hui encore, ces femmes et ces hommes qui surent prendre leur responsabilité, dénonçant l'intolérance d'une Amérique blanche, malmenant l'ordre établi, inventant de nouvelles manières de vivre ? Sur quelles scènes (poétique, politique, musicale) et par quels acteurs (avant-gardes, free press, icônes rock – Bob Dylan, Jim Morrison, Genesis P. Orridge, Patti Smith) leur exigence a-t-elle été relayée ? 
Les combats que les Beats menèrent, dénonçant la servitude consumériste, brisant le " politiquement correct ", restent à l'ordre du jour. Ils ont incarné une résistance dont nous mesurons l'actualité : ouverture au monde quand les nations se replient sur elles-mêmes, défense de la parole poétique contre les langages idéologiques et mercantiles, respect de la nature dans un siècle écocide, refonte de l'exigence politique, invention de vies parallèles à l'âge de la gestion du capital humain... 
L'actualité des écrivains beat doit être réaffirmée avec force. L' alternative qu'ils ont défendue dénonçait les impasses d'une modernité prométhéenne déchaînée. Désormais notre présent. 

Olivier Penot-Lacassagne est maître de conférences HDR à l'université Sorbonne Nouvelle-Paris 3. Il a publié et dirigé plusieurs ouvrages, dont : Back to Baudrillard(2015), Contre-cultures ! (2013), Le Surréalisme en héritage : les avantgardes après 1945 (2008), " Moi, Antonin Artaud, homme de la terre " (2007).

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François Cusset : Le déchaînement du monde. Logique nouvelle de la violence

La Découverte - Mars 2018 - Collection : Cahiers libres


On pourrait croire la violence en voie d'éradication de nos quotidiens mais, à y bien regarder, il n'en est rien. Si les violences émanant des individus sont effectivement jugulées par de solides appareils policiers, la violence économique, sociale, politique, imposée par le néolibéralisme perdure allègrement, tendant même à se fondre dans le décor. Dans cet essai ravageur, François Cusset nous décrypte ces nouvelles logiques de la violence avec lesquelles nous cohabitons malgré nous.

Le monde est déchaîné. La violence n'y a pas reculé, comme le pensent certains. Elle a changé de formes, et de logique, moins visible, plus constante : on est passé de l'esclavage au burn-out, des déportations à l'errance chronique, du tabassage entre collégiens à leur humiliation sur les réseaux sociaux, du pillage des colonies aux lois expropriant les plus pauvres... L'oppression sexuelle et la destruction écologique, elles, se sont aggravées. 
Plutôt qu'enrayée, la violence a été prohibée, d'un côté, pour " pacifier " policièrement les sociétés, et systématisée de l'autre, à même nos subjectivités et nos institutions : par la logique comptable, sa dynamique sacrificielle, par la guerre normalisée, la rivalité générale et, de plus en plus, les nouvelles images. Si bien qu'on est à la fois hypersensibles à la violence interpersonnelle et indifférents à la violence de masse. Dans le désastre néolibéral, le mensonge de l'abondance et la stimulation de nos forces de vie ont fait de nous des sauvages d'un genre neuf, frustrés et à cran, et non les citoyens affables que la " civilisation " voulait former. Pour sortir de ce circuit infernal, et de l'impuissance collective, de nouvelles luttes d'émancipation, encore minoritaires, détournent ces flux mortifères d'énergie sociale. Mais d'autres les convertissent en haines identitaires et en replis patriotes. Qui l'emportera ? De quel côté échappera toute la violence rentrée du monde ?

François Cusset est historien des idées, professeur à l'université de Nanterre, et l'auteur de nombreux ouvrages remarqués, dont, à La Découverte, French Theory (2003) et La Décennie (2006).

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Guillaume Lecointre : Les sciences face aux créationnismes. Ré-expliciter le contrat méthodologique des chercheurs

Editions QUAE GIE - Mars 2018


L’auteur examine les stratégies des discours pseudo-scientifiques de divers courants créationnistes qui sollicitent la communauté scientifique pour qu’elle participe à une « quête de sens ». Il met au c½ur de ce problème la question sur les critères de scientificité. En effet, contrairement à ce que prétendent les créationnismes qui se présentent comme victimes du dogmatisme, le combat des scientifiques n’engage pas des théories ou des faits mais témoigne de leur attachement au respect des méthodes scientifiques. L’une des actions majeures des scientifiques revient alors à expliciter pour le public la nature de leur contrat méthodologique.

Guillaume Lecointre est systématicien, chercheur et professeur au Muséum national d'histoire naturelle, où il dirige le département Systématique et évolution. Il a été directeur de l'Ecole doctorale Sciences de la nature et de l'homme.

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Giorgio Agamben : Karman. Court traité sur l'action, la faute et le geste

Le Seuil - Mars 2018 - L'ordre philosophique


Que signifie être responsable de ses actes ? Dans ce texte court et élégant, Giorgio Agamben propose une généalogie de nos croyances morales. Ce n'est pas la liberté qui fonde la responsabilité, mais une articulation entre le droit et la punition caractéristique de l'Occident. Pour comprendre ce qu'est une " cause " et pourquoi l'homme est considéré comme la cause de ses actions, il faut en revenir à la scène inaugurale du procès. Derrière la morale, on découvre la cruauté pénale. L'auteur d'Homo Sacer poursuit sa remise en cause du dispositif juridique qui enserre les vies humaines. Pour la première fois, il confronte ce dispositif à la tradition bouddhiste. De proche en proche, c'est une tout autre conception de l'action qui s'énonce dans ce livre.

Giorgio Agamben, philosophe, a enseigné à l'université de Venise et est chercheur associé au Centre d'études des normes juridiques Yan Thomas (EHESS). Il est l'auteur d'une œuvre considérable, dont, publiée au Seuil en 2016, l'intégralité des neuf livres constituant le projet Homo Sacer.

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mercredi 21 mars 2018

Sebastian Dieguez : Total bullshit ! Au cœur de la post-vérité

Presses Universitaires de France - Mars 2018


L’année 2016 a été consacrée comme celle de la « post-vérité ». Que faut-il comprendre par ce terme ? Selon le dictionnaire d’Oxford, qui en a fait son mot de l’année, le terme désignerait des « circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour former l’opinion publique que l’appel à l’émotion et aux croyances personnelles ». Ce livre prend le parti de retourner à la source de cet état des lieux et l’identifie dans le concept de « bullshit » théorisé par le philosophe Harry Frankfurt en 1986. Ce qu’il a défini comme une « indifférence à l’égard de la vérité » distincte du mensonge s’avère en effet un outil conceptuel remarquablement efficace pour saisir comment l’opinion prétend l’emporter sur la vérité et pour comprendre le succès des impostures scientifiques et des « théories du complot ». L’ère de la post-vérité est bien celle du bullshit institué à une échelle globale, et seule une compréhension fine de ce phénomène permettra d’engager la lutte qui se prépare. Heureusement, une telle science du bullshit est en fait déjà disponible, mais il restait à l’assembler en un seul volume accessible, utile et stimulant.

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Sylvain Delcomminette : Aristote et la nécessité

Vrin - Mars 2018 - Tradition de la pensée classique


Au sein de l’œuvre immense d’Aristote, le concept de nécessité joue un rôle central, mais il apparaît dans des contextes si différents et sous des formes si diverses qu’il est difficile d’en saisir l’unité. Il détermine tantôt une proposition ou un prédicat, un raisonnement ou sa conclusion, un principe ou l’objet même de la science, et tantôt un processus ou un devenir, un être ou l’un de ses aspects, ou encore une action. Logique, physique, métaphysique et même éthique, la nécessité peut être absolue, hypothétique ou contraignante; envisagée comme condition de la science, elle présente des connotations positives, mais au contraire négatives si l’on croit déceler en elle une menace de déterminisme.
L’auteur ne se propose pas seulement de montrer qu’il existe néanmoins un lien étroit entre les multiples analyses de ce concept, son but est plus ambitieux. Car c’est la cohérence profonde de la pensée aristotélicienne dans son ensemble qui se dégage au long d’un parcours patient et rigoureusement argumenté, justifiant ainsi le choix du problème de la nécessité comme fil conducteur. Et la conclusion est assez étonnante : la philosophie d’Aristote se révélerait beaucoup moins empiriste qu’idéaliste en ce sens qu’elle fait de la pensée le principe ultime de la connaissance, de l’être et du bonheur.

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Michael Köhlmeier et Konrad Paul Liessmann : Qui t'a dit que tu étais nu, Adam ? Tentations mythologiques et philosophiques

Jacqueline Chambon - Mars 2018


De douze récits, tirés de la Bible ou de contes populaires, réécrits par Michael Köhlmeier, le philosophe allemand Konrad Paul Liessmann tire une morale accordée à notre temps. Traitant de sujets politiques comme le travail, la violence, le pouvoir, la frontière, mais s'interrogeant aussi sur le plaisir, la curiosité ou la beauté, cette réflexion couvre le champ tout entier de notre modernité. Que peuvent encore apprendre à notre monde cybernétique ces messages sibyllins ? Pouvons-nous puiser dans leur sagesse millénaire pour interroger nos préjugés ?

Michael Köhlmeier est né en 1949 à Hard, au bord du lac de Constance, a vit aujourd'hui à Hohenems et à Vienne. II s'est fait connaître par des récits inspirés des légendes antiques et régionales ou des textes bibliques.Ont paru chez Jacqueline Chambon Idylle avec chien qui se noie (2011 : Babel n°1390), Madalyn (2012), Deux messieurs sur la plage (2015 ; Babel n°1504) et La Petite Fille au dé à coudre (2017). Konrad Paul Liessmann est essayiste et journaliste culturel. Il est également professeur à l'université de Vienne, spécialisé dans les méthodes d'enseignement de la philosophie et de l'éthique.

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mardi 20 mars 2018

Véronique Le Ru (dir.) : La rue Pierre-Hadot à Reims. Hommage à Pierre Hadot

Presses Universitaires Reims - Mars 2018


Le 3 octobre 2017 la Ville de Reims rendait hommage à Pierre Hadot en baptisant de son nom une rue dans le quartier de Clairmarais. Nous avons réuni dans ce petit volume les trois conférences prononcées à l'occasion de l'inauguration de la rue Pierre-Hadot. Chacune d'entre elles représente l'une des grandes lignes de force de l'oeuvre du philosophe : l'histoire, la pensée antique et l'hellénisme, et enfin la philosophie pensée comme un exercice spirituel ou une manière de vivre, dans le droit sillage de la figure de Socrate qui n'a pas voulu choisir, à la fin de sa vie, entre la philosophie et la poésie. Ces trois textes sont les trois brins de la tresse qui nous lie de manière robuste et vivante à la mémoire de Pierre Hadot et à son oeuvre.

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lundi 19 mars 2018

Marc Bloch : Apologie pour l'histoire

Armand Colin - 2e édition mars 2018


Cofondateur, en 1929, de la revue Annales, le grand historien Marc Bloch fut une des victimes de Klaus Barbie. Fusillé le 16 juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans (Ain), près de Lyon, il laissait inachevé un ouvrage de méthodologie, Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien - sous-titré dans son plan le plus ancien ou Comment et pourquoi travaille un historien -, qui fut publié en 1949 par Lucien Febvre.
L’édition ici présentée de l’ouvrage posthume de Marc Bloch est celle que son fils aîné, Étienne Bloch, livrait il y a vingt-cinq ans : le texte y apparaît dans son intégralité et sans modification aucune. On découvre dans ces pages l’œuvre dans sa forme intégrale et cette œuvre prenant forme, le travail d’un homme la construisant et d’un historien affirmant l’intérêt de l’histoire, légitimant une science historique, définissant des pratiques, des objectifs, une éthique, son "métier".
On y redécouvrira aussi la modernité de cette réflexion, du regard porté sur l’histoire, cette "science en marche", cette "science des hommes dans le temps", grâce auquel se fonde l’espoir que "les sociétés consentiront enfin à organiser rationnellement, avec leur mémoire, leur connaissance d’elles-mêmes".

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dimanche 18 mars 2018

Richard Spavin : Les Climats du pouvoir. Rhétorique et politique chez Bodin, Montesquieu et Rousseau

Voltaire Foundation - Mars 2018 - Collection : Oxford University Studies in the Enlightenment


Les analyses fondées sur l’environnement, qui font du terrain ou de la température des facteurs explicatifs de la diversité humaine, dominent les discours anthropologiques de l’Ancien Régime. Richard Spavin montre que ces théories climatiques révèlent des démarches contestataires à lire à côté des théories de la souveraineté, du constitutionnalisme et du républicanisme.
Richard Spavin fonde son analyse sur trois auteurs qui ont une vision relativiste du déterminisme climatique. Si, pour Bodin, Montesquieu et Rousseau, les théories des climats expliquent les causes géographiques derrière la diversité des sociétés, elles recèlent également une dimension métaphorique. Pour eux, les climats mettent en récit des visions du pouvoir: les limites du politique sont comparées aux obstacles géographiques; la finalité politique ne se trouve plus dans le corps du monarque mais dans le sol, auquel le monarque et son peuple appartiennent ensemble. L’auteur invite notamment à relire à nouveaux frais les dérangeants livres de L’Esprit des lois qui semblent justifier l’esclavage dans certaines régions éloignées du contexte européen.
Les théories des climats révèlent ainsi une face cachée de la philosophie politique de l’Ancien Régime. Richard Spavin en réévalue le socle philosophique et en dévoile l’ironie qui demeurait jusque-là inaperçue. Il montre que les climats sont un outil rhétorique efficace pour penser le nouvel ordre moral de la modernité.

Sommaire

Introduction. Les climats du pouvoir: métaphores et allégories du politique

i. Du ‘climat’ à l’anachorisme

ii. L’idiome politique du climat: entre science et littérature

iii. La ‘théorie des climats’ et le relativisme

iv. Bodin: l’espace-temps climatique

v. Montesquieu: la tension interclimatique

vi. Rousseau: l’inversion du paradigme nord-sud

1. Panorama des (in)déterminismes climatiques

i. La médecine ou le ‘bon usage’ de la géographie

ii. L’histoire scientifique de la théorie des climats

iii. Le savoir anthropologique

iv. L’histoire des climats ou les erreurs du passé

v. Le tournant écologique

vi. De la détermination à l’indétermination

vii. Le social qui corrige le politique

2. Les identités climatiques de Jean Bodin

i. Jean Bodin et la religion

ii. La notion d’histoire: le cas du Methodus (1566)

iii. Bodin et la géographie humaniste: les créations philosophiques de l’espace

iv. Le rôle de la géographie dans la nature

v. Les identités climatiques du Methodus: de la diversité à la relationnalité

vi. Le tempéré et l’inégalité climatique: de la relationnalité à la perfectibilité

vii. Les climats de la République: l’ambiguïté géographique de la France

viii. Climats et théologie naturelle: le Theatrum

ix. La théorie des climats comme blasphème?

3. Le commandement du froid: l’immatérialité des climats dans L’Esprit des lois

i. Le relativisme des climats: un premier niveau de lecture

ii. La théorie des climats et la cause morale

iii. Société et politique: qui commande à qui?

iv. L’‘ésotérisme’ de L’Esprit des lois

v. La froideur et la représentation symbolique du pouvoir

vi. D’un pouvoir naturellement contraint

vii. La souveraineté dans la distribution des pouvoirs

viii. Les climats ou la translucidité constitutionnelle

ix. Les climats, l’abnégation et la raison

x. La société chaude: la fabrique des passions populaires

xi. Eclairer l’obéissance et les passions populaires

4. Le chaud versus le froid dans l’esthétique politique de Rousseau

i. La théorie des climats dans la Querelle des Bouffons

ii. Rousseau versus Rameau

iii. Du Discours à l’Essai: l’antagonisme ou le pessimisme?

iv. Rousseau et le déterminisme climatique: l’ésotérisme du discours politique

v. De la musique à la langue: vers la délimitation du social

vi. La ‘douceur’: l’origine de l’homme sauvage

vii. Le droit naturel moderne

viii. Le temps historique versus le temps narratif: le cas des transitions

ix. La civilisation des passions: la ‘période’ du tempéré au chaud

x. Le problème du froid et la perfectibilité physique

Conclusion

Bibliographie

Index


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